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La revue Expressions-Riiclas s’inscrit dans le sillage de la revue Expressions, créée dans les années 1990, sous l’égide de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de La Réunion.

Ce nouveau projet éditorial pérennise une tradition d’ouverture entre disciplines et de regard critique sur l’enseignement, tout en renforçant l’ancrage dans les territoires d’outre-mer et au sein des diverses régions du monde francophone.

Cette évolution est portée par le réseau RIICLAS (Réseau de Recherches Interdisciplinaires sur les Interactions entre Cultures, Langues et Apprentissages Scolaires), dont les objectifs initiaux sont de dépasser un certain isolement des actrices et acteurs de la recherche et de la formation, particulièrement en contexte ultramarin. En favorisant les passerelles entre ces personnes, le réseau encourage des projets transversaux et des recherches participatives, qui mettent en lumière des pratiques pédagogiques parfois peu visibles en regard des modèles classiques.

La revue structure ses publications autour de trois piliers scientifiques destinés à couvrir la complexité du champ éducatif. Le premier axe se concentre sur les représentations et les actions des individus qui composent la communauté éducative — qu’il s’agisse des élèves, des familles ou du personnel enseignant, de la formation et de l’éducation — pour saisir les enjeux humains de l’enseignement et de la formation. Le deuxième axe vise à créer et diffuser des outils pédagogiques adaptés aux contextes spécifiques de chaque territoire, tant pour les élèves en classe que pour la formation des personnels. Enfin, la revue explore la pluralité des terrains de recherche à travers des prismes historiques, sociaux et linguistiques, en privilégiant une approche comparative et contrastive entre les différentes zones d’étude.

Pour ce premier numéro d’Expressions-Riiclas, nous avons choisi de proposer un varia. Nous souhaitions présenter un recueil d’articles qui illustre la diversité des recherches, des acteurs et actrices ainsi que des terrains, selon ces trois axes. Les deux premiers articles présentent une analyse critique du concept de contextualisation didactique, pour l’un, et du contexte de bi- et plurilinguisme, pour l’autre. Ces concepts touchent une grande variété de recherches dans les territoires ultramarins francophones ; leur analyse permet donc de mieux saisir les défis éducatifs propres à des espaces géographiques singuliers. Les trois articles suivants illustrent les enjeux représentationnels à l’œuvre en éducation et en formation, l’importance de la contextualisation des outils pédagogiques et la richesse d’études comparées. Ils pointent un certain nombre d’insuffisances dans l’intégration des réalités locales et des savoirs autochtones dans l’enseignement primaire et secondaire. Cependant, ils convergent vers la nécessité d’une contextualisation des pratiques éducatives et de l’accompagnement professionnel au sein de contextes francophones pluriculturels et plurilingues que sont la Polynésie française, la Guyane, la Kanaky–Nouvelle-Calédonie et le Québec.

La première contribution proposée par Antoine Delcroix offre une lecture critique du concept de contextualisation didactique. Il montre tout l’intérêt de problématiser la question du contexte, en éducation, autour des idées de niveau et de degré de contextualisation de l’enseignement. Ensuite, l’article présente la façon dont peuvent être modélisés les contextes, et aborde la manière dont l’emboîtement des contextes contraint l’enseignement. Cette pluralité de significations de la notion de contexte est par la suite mise en relation avec une lecture critique de la polysémie attachée au concept de contextualisation didactique. Cette polysémie est tour à tour associée à l’adaptation d’une situation d’enseignement ou d’apprentissage à un environnement spécifique, au recours à des situations authentiques, ou au positionnement des objets d’apprentissage dans le contexte dont ils tirent leur origine. Dès lors, il est question de contextualisations didactiques, fruits de mouvements successifs de transpositions, mais aussi des limites de la problématisation des faits éducatifs à l’aune de la contextualisation, envisagée en termes d’entrée en résonance des contextes.

Dans le second article, Isabelle Nocus propose une revue récente de la littérature issue du champ de la psychologie et portant sur les effets des bi- et plurilinguismes chez les enfants. Il offre une lecture tout en nuance : plusieurs influences bénéfiques des bi- et plurilinguismes sur les plans de la cognition, du langage, des habiletés socio-émotionnelles, du bien-être et du parcours scolaire sont décrites dans la littérature. Mais la variété des trajectoires bi- et plurilingues, la place du bi-plurilinguisme à la maison, les sources mêmes du bi-plurilinguisme (l’école, la famille), ainsi que les méthodes de recherche employées incitent à analyser avec prudence le lien entre les contextes spécifiques de bi- et plurilinguisme et les effets associés. Par ailleurs, le rôle de catalyseur du soutien de la famille et des politiques éducatives ainsi que l’intérêt de poursuivre le développement de recherches interdisciplinaires dans ce champ sont soulignés.

L’article de Méril Bugat et de Rodica Ailincai s’intéresse à la place que l’éducation en plein air occupe dans les documents et programmes qui proposent des activités d’éducation à l’environnement destinées à des élèves du troisième cycle du primaire en Polynésie française. L’étude de ces documents révèle que l’enseignement en plein air reste marginal et peu structuré. L’environnement y est majoritairement abordé comme un objet d’étude théorique et la fréquentation des environnements naturels est peu envisagée comme un vecteur d’apprentissage. Une meilleure intégration institutionnelle de l’éducation en plein air favoriserait un engagement plus concret chez les élèves. Cette contribution apporte des arguments en faveur d’une éducation environnementale contextualisée. Elle s’appuie sur une immersion dans les territoires locaux, à l’instar de projets tels que les aires marines éducatives. Ces projets constituent des leviers encourageants afin d’ancrer la pédagogie dans les réalités écologiques et culturelles insulaires.

L’article de Séverine Ferrière, Amandine Touitou et Christine Françoise porte sur le parcours et la trajectoire de cinq enseignantes d’un collège situé dans une zone isolée de Guyane, à la frontière du Brésil. Il permet de prendre la mesure des conditions qui ont conduit ces enseignantes à exercer dans ce contexte et de leur vécu professionnel et personnel. Souvent affectées par contrainte ou méconnaissance, elles expriment un double choc, mêlant isolement géographique et décalages culturels, ainsi qu’un sentiment de relégation institutionnelle de la part d’une hiérarchie perçue comme déconnectée des réalités locales et peu soutenante. Si la marge géographique est éprouvée comme un espace d’épuisement professionnel, elle est aussi un lieu d’opportunités pédagogiques, où la relation aux élèves et la solidarité entre collègues constituent des leviers essentiels de persévérance professionnelle.

L’article de Fabrice Wacalie et Constance Lavoie interroge quant à lui la valeur que des personnes enseignantes de Kanaky–Nouvelle-Calédonie et du Québec accordent aux histoires orales autochtones. Il aborde également la place qu’elles leur donnent dans leurs pratiques d’enseignement. Les auteurs s’appuient sur une enquête menée auprès du personnel enseignant des deux territoires afin d’évaluer la place accordée à ces savoirs traditionnels dans des contextes marqués par un passé colonial persistant. Il met en lumière le fait que, si le contexte scolaire est identifié comme un lieu de médiation essentiel, la transmission des savoirs traditionnels reste souvent limitée ou occasionnelle. Lorsque les histoires autochtones sont mobilisées en tant que pratiques pédagogiques, parfois avec des albums de jeunesse, parfois de manière orale, l’art traditionnel de conter est peu mobilisé. Là encore, l’intérêt de formations contextualisées est souligné, ainsi que celui de disposer de matériel didactique authentique.

Finalement, les cinq contributions proposées dans ce premier numéro d’Expressions-Riiclas illustrent l’importance de repenser les modèles éducatifs traditionnels, le plus souvent descendants, pour aller vers une éducation et une formation plus situées. Cette évolution vise une meilleure adaptation aux réalités locales, culturelles et environnementales dans les territoires étudiés, que sont la Kanaky–Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, la Guyane, les Antilles et le Québec. Ces contributions constituent une invitation à découvrir et à approfondir ces réflexions, autour d’un enjeu majeur : dépasser une vision qui percevrait certaines spécificités contextuelles, telles que le bi-plurilinguisme, les traditions orales autochtones ou l’environnement proche, comme des obstacles, pour les envisager comme des richesses.

Citer cet article

Référence électronique

Séverine Ferrière et Loïc Pulido, « Introduction », Expressions-Riiclas [En ligne], 1 | 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 26 juillet 2026. DOI : 10.61736/expressions-riiclas.572

Auteurs

Séverine Ferrière

Laboratoire ICARE, INSPE de La Réunion

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Loïc Pulido

CRIRES, Université du Québec à Chicoutimi