Violence scolaire et projet d’établissement : les enseignements d’une monographie

DOI : 10.61736/expressions-riiclas.160

p. 1-31

Résumés

La violence en milieu scolaire suscite une attention croissante. Cette étude de cas menée dans un collège de la métropole lilloise propose d’examiner le phénomène sous l’angle des représentations et des identités des différents acteurs de la communauté éducative. Les données statistiques relatives à la vie scolaire et les entretiens menés auprès des différents acteurs (enseignants, élèves, personnel) révèlent des perceptions divergentes de la violence - les adultes percevant davantage une dégradation de l’ambiance tandis que les élèves minimisent souvent les incidents comme de simples jeux. Bien que des actions soient mises en place, elles sont jugées fragmentées et peu efficaces, suggérant la nécessité d’une approche plus cohérente et d’un projet d’établissement unifié pour améliorer le climat scolaire.

School violence has emerged as a pressing concern, prompting critical examination of its manifestations and impacts. This case study, conducted in a secondary school in the Lille metropolitan area, investigates the issue through the perspectives and identities of diverse stakeholders within the educational community. By triangulating statistical data on school climate with qualitative interviews involving teachers, students, and administrative staff, the study reveals divergent interpretations of violence — with adults frequently perceiving a deterioration in school environments, while students often normalize incidents, framing them as mere “games.” Despite the implementation of certain initiatives, these are perceived as fragmented and inadequate, underscoring the need for a more cohesive, institution-wide strategy and a unified school project to cultivate a healthier educational ecosystem.

Plan

Notes de la rédaction

Article paru dans le n°12 de la revue Expressions en décembre 1998

Texte

La violence en milieu scolaire tend à être de plus en plus préoccupante. Beaucoup d’observateurs mettent l’accent sur la « fragilisation du lien social » et le « sentiment de galère », le « décrochage des familles » et la « perte des solidarités » (F. Dubet, 1987 ; G. Ferréol (dir.), 1998 ; R. Hellbrun et J. Pain, 1992 ; M. Wieviorka (dir.), 1997)1. Le ministère de l’Éducation nationale estime, de son côté, à une cinquantaine les établissements à « hauts risques », les évaluations émanant des représentants syndicaux des personnels d’encadrement se situant très au-delà (entre six cent cinquante et huit cents).

Afin de bien saisir le phénomène, il est nécessaire de prendre en compte les représentations et les identités des différents acteurs de la communauté éducative (B. Defrance, 1992 ; B. Douet, 1987 ; J. Hébert, 1991). Plusieurs questionnements s’avèrent, dès lors, essentiels :
- Comment les principaux intéressés jugent-ils la situation ?
- Quelles interprétations font-ils valoir ?
- Quelles sont les infractions qu’ils considèrent comme mineures et celles qu’ils condamnent sévèrement ?
- Existe-t-il, selon eux, un profil type de la « victime » ou de l’« agresseur » ?
- Les actions de « remédiation » mises en place sont-elles connues ? Y participent-ils ? Sous quelle forme ?
- Une amélioration est-elle en vue ? Quels axes pourraient être privilégiés ?

Nous nous proposons ici de fournir quelques éléments de réponse en prenant appui sur une enquête réalisée dans un collège de la métropole lilloise2 entre mai 1995 et décembre 1996.

Points de repère

La commune dans laquelle est implanté l’établissement dépasse les vingt mille habitants et est fortement frappée par le chômage et la précarité, le nombre de bénéficiaires du RMI ne cessant d’augmenter. Le déclin des activités traditionnelles explique, pour une large part, les difficultés rencontrées : du fait de la contraction du marché du travail, un demandeur d’emploi sur quatre a moins de vingt-cinq ans, les possibilités d’embauche étant d’autant plus limitées que la main-d’œuvre disponible est peu qualifiée.

Composés de grands ensembles, les quartiers environnants ont toujours été considérés comme « sensibles » et ont fait l’objet de mesures ou de dispositifs spécifiques : DSU3, ZEP4, CCPD5… Telle artère peut être ainsi perçue comme un « haut lieu de l’insécurité », telle autre comme un « secteur connu de trafic et de consommation de drogue ». Les médias, non seulement régionaux mais aussi nationaux, ont parfois tendance – lorsque les tensions s’exacerbent – à accentuer cette « stigmatisation » et cet « effet d’étiquetage » (S. Body-Gendrot, 1993 ; J.-P. Payet, 1995 ; H. Vieillard-Baron, 1996).

L’accueil qui nous a été réservé nous a permis de conduire nos investigations dans de bonnes conditions. Les bâtiments sont bien entretenus, même si certains travaux de rénovation s’avèrent nécessaires concernant la toiture, les installations électriques ou l’isolation thermique. Le respect de la propreté des locaux est encouragé, toute dégradation étant sanctionnée : paiement, par les parents, des dégâts occasionnés ; remise en état, par les élèves fautifs, du matériel endommagé. Sont de même interdits les attitudes provocatrices, les manquements aux obligations d’assiduité et de sécurité, les comportements violents, le port de signes ostentatoires de nature religieuse, politique ou philosophique susceptibles de favoriser le prosélytisme ou la discrimination. Le règlement intérieur précise, en outre, que les entrées et les sorties se font à pied, que les déplacements dans la cour ou dans les couloirs doivent s’effectuer dans le calme et que le « carnet de liaison » peut être exigé à tout instant par un professeur ou un membre de l’administration.

Toute vie communautaire, est-il rappelé, suppose, pour sauvegarder l’intérêt de chacun, des « règles du jeu » qu’il convient de suivre scrupuleusement « dans un climat de confiance réciproque ». Ces diverses recommandations souffrent certes de nombreuses exceptions, mais il n’en demeure pas moins que le cadre de vie n’est pas des plus désagréables.

L’équipement des salles paraît, aux yeux des enseignants, « assez satisfaisant » et, régulièrement, une partie du matériel est renouvelée : présentoirs au CDI, magnétophones multicasques pour les langues vivantes, oscilloscope et générateur de fonction dans le cadre des TP de sciences physiques, rideaux et téléviseur en arts plastiques…

Les actions menées

Celles-ci poursuivent plusieurs objectifs :
- structuration des apprentissages et consolidation des acquis ;
- maîtrise des « fondamentaux » et individualisation de la formation pour ceux qui risquent de « décrocher » ;
- découverte du milieu environnant et développement des capacités d’écoute ou d’éveil.

Des partenaires extérieurs sont sollicités pour fournir – ponctuellement ou sur une plus longue période – un soutien ou une logistique en termes de compétences ou de savoir-faire. Mentionnons, à cet égard, l’aide accordée par les clubs de sport, les associations culturelles, les collectivités locales, les médiathèques, les chambres de métiers.

Chaque discipline apporte, de façon très variable selon les moments, sa contribution à l’édifice :

Matière enseignée

Équipe pédagogique (« noyau dur »)

Exemples d’activités

Langues (anglais, allemand)

4 certifiés,

1 PEGC,

1 documentaliste

Concours de chant ou de scrabble. Séjours linguistiques. Lecture de revues spécialisées

Histoire-géographie

2 certifiés, 1 MA

Voyages d’études à Paris et à Lille (expositions sur l’Assemblée nationale et sur l’Europe).

Participation à des manifestations ou à des commémorations ayant trait aux droits de l’homme et à la citoyenneté

Mathématiques

2 certifiés, 1 PEGC

Production de synthèses chiffrées. Maniement d’outils statistiques de base. Devoirs en commun (notamment en troisième)

Français

3 certifiés, 2 PEGC

Bâtir un exposé. Construire un dossier. S’impliquer dans un débat

Arts plastiques

1 certifié, 1 MA

Atelier peinture. Cycle photographie. Visites de musées

Des programmes plus « transversaux » viennent en complément :

Type d’opération

Encadrement

Finalités

EDC (éducation des choix)

Professeurs, conseillère d’orientation

Mettre les élèves en situation, leur faire vivre une expérience, les rendre plus autonomes

Presse des jeunes

Responsable du CDI, bibliothécaires

Décoder les médias. Commenter et comparer des articles de périodique.

Préparer un journal télévisé

Transdisciplinarité

Enseignants

Décloisonner les savoirs.

Faire jouer son esprit critique.

Travailler « autrement »

Diététique

Médecin scolaire, intendant, cuisinier

Éduquer le goût. Sensibiliser à l’équilibre des repas. Socialiser

Ministages lycées (pour les classes de troisième)

Conseillère d’orientation

Favoriser la transition vers le second cycle. Connaître d’autres contextes. Être plus mature

Méthodologie

Professeurs

Apprendre à s’évaluer.

Respecter des consignes. Classer des informations

Étant donné le « flou » et le caractère parcellaire des indicateurs utilisés, il est difficile d’apprécier l’impact exact de ces dispositifs.

On peut cependant faire remarquer que si certaines de ces mesures, comme l’EDC ou les ministages, ont bien répondu aux attentes et aux préoccupations exprimées par les collégiens, la cohérence d’ensemble – par manque de concertation entre les intervenants – pose davantage problème, la synergie escomptée n’étant pas forcément au rendez-vous.

Quoi qu’il en soit, des « avancées » ont eu lieu, ce qui se traduit par exemple par une diminution de l’absentéisme.

Taux d’absentéisme6

Année /

Mois

1988-89

1990-91

1993-94

1994-95

1995-96

Septembre

4,28

3,02

2,21

2,35

4,19

Octobre

4,03

4,47

3,61

3,64

5,47

Novembre

5,28

4,69

4,69

4,98

4,81

Décembre

4,84

6,07

6,51

3,99

6,11

Janvier

7,15

4,46

4,65

4,49

5,46

Février

8,77

6,87

5,61

4,83

5,01

Mars

8,12

5,88

5,09

4,61

5,49

Avril

8,94

5,76

5,62

6,17

4,94

Mai

11,58

10,54

9,04

9,20

5,48

Juin

13,84

12,67

16,10

11,08

10,01

MOYENNE

7,68

6,44

6,31

5,53

5,21

Toutefois, des nuances s’imposent, les statistiques relatives aux exclusions (lesquelles, dans la plupart des cas, ne sont que « temporaires ») étant nettement moins favorables7.

Nombre de mesures d’exclusion

Classe /

Période de référence

6e

5e

4e

3e

Total

Septembre 1990-juin 1991

3

16

4

2

25

Septembre 1995-février1996

13

8

25

298

75

Nombre de jours correspondants (et durée moyenne)

Période de référence

Nombre de jours d’exclusion

Durée moyenne

Septembre 1990 - juin 1991

60

2,40

Septembre 1995 – février 19969

298

3,90

Intéressons-nous, pour les six premiers mois de l’année scolaire 1995/1996, aux motifs ayant entraîné une telle sanction. Les postes « Violence », « Indiscipline » et « Insultes » arrivent largement en tête :

Classe /

Acte incriminé

6e

5e

4e

3e

Total

Violence, agression

5

3

7

6

21

Indiscipline

3

-

5

12

20

Insultes

-

-

6

6

12

Absence aux retenues

5

3

-

1

9

Blâme

-

2

4

-

6

Conduites « inqualifiables » (ou « inadmissibles »)10

-

-

1

2

3

Fugue

-

-

2

-

2

Fume au collège

-

-

-

2

2

TOTAUX

13

8

25

29

75

L’examen des heures de retenue (557 au total) confirme cette hiérarchie, d’autres rubriques – recoupant en partie les appellations précédentes – étant introduites :

Classe / Motif

6e

5e

4e

3e

Total

Indiscipline

19

31

52

53

155

Insolence

18

14

13

21

66

Retard volontaire ou injustifié

14

9

23

16

62

Violence

7

11

8

12

38

Devoir non rendu

5

6

20

6

37

Absence non autorisée

1

3

13

7

24

Quitte le cours

3

5

7

6

21

Bavardage

8

2

4

6

20

Déambulation dans les couloirs

2

3

5

7

17

Mensonges

5

3

7

3

17

Trois avertissements

5

4

5

2

16

Carnet non signé

2

4

3

6

15

Refus de travailler

4

2

5

3

14

Oubli de la tenue d’EPS

2

3

5

2

12

Absence de cahier de textes

5

2

3

1

11

Pas de carnet de liaison

3

4

2

1

10

Se présente sans le matériel demandé

2

1

3

2

8

Traîne dans les vestiaires

0

0

8

0

8

Falsification de signature

0

1

3

2

6

Total

105

107

189

156

557

Les actes « violents » (ou assimilés) représentent près de la moitié de ces heures (46,5 %) :
- indiscipline : 27,8 % ;
- insolence : 11,8 % ;
- violence : 6,8 %.

Au fur et à mesure que le cursus se prolonge, ces trois items – pris globalement – deviennent de plus en plus prépondérants :
- sixième : 44 heures ;
- cinquième : 56 heures ;
- quatrième : 73 heures ;
- troisième : 86 heures.

Quelques statistiques

Concentrons-nous, tout d’abord, sur la population « élèves ». Les effectifs, depuis une dizaine d’années, sont stables :

1989-1990

1993-1994

1994-1995

1995-1996

Nombre d’élèves

355

349

365

321

Lors de la rentrée 1994/1995, l’établissement comprenait dix-sept classes11, dont une CIPPA12.

Classe / Année de naissance

Sixième (S)

Cinquième (C)

Quatrième (Q)

S1

S2

S3

C1

C2

C3

Q1

Q2

Q3

Q4

QT

1983

19

11

4

1

1982

4

10

17

19

11

9

2

1981

3

2

2

13

7

15

10

4

8

4

1980

1

8

4

8

7

9

10

1979

2

1

4

2

6

1978

1

2

1977

1

1976

Total

23

24

23

24

25

24

21

20

16

19

22

Les chiffres en gras (hors ligne et colonne « Total ») désignent une scolarité « normale », ceux en italique se réfèrent aux collégiens qui ont un an d’avance (une infime minorité, quatre cas ayant été recensés). Le pourcentage de « doublants », voire de « triplants », est très élevé :
- 51 % en quatrième ;
- 45 % en cinquième ;
- 56 % en quatrième ;
- 68 % en troisième.

Plus d’un élève sur deux est boursier et de plus en plus de parents sont victimes du chômage, la répartition par professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) montrant bien la prédominance des milieux modestes. Ajoutons que les familles monoparentales ou ayant à charge plus de quatre enfants occupent une place importante.

Troisième (T)

CIPPA

Total

T1

T2

T3

T4

TT13

35

72

1

69

12

9

2

8

1

79

6

7

13

8

11

60

3

5

2

4

6

12

35

1

2

2

9

14

1

1

22

22

17

22

19

22

365

Examinons à présent le volet « enseignants ». Les effectifs tournent autour de la trentaine. Deux professeurs sur trois ont moins de dix ans d’ancienneté dans l’établissement, près de 60 % étant titulaires du CAPES.

Au printemps 1996, dix demandes de mutation ont été déposées, dont quatre pour « rapprochement de conjoint ou de résidence » et six pour « convenances personnelles ». Ce dernier poste, depuis quelques années, est en nette progression : faut-il y voir l’expression d’un mal-être plus prononcé, d’un climat plus tendu, de conditions de travail de plus en plus difficiles ? La prudence s’impose ici et le croisement avec d’autres indicateurs apparaît très souhaitable. Considérons, sous cet angle, l’évolution du nombre de jours d’absence sur moyenne période, les effectifs étant identiques (n = vingt-neuf) pour les deux années scolaires prises en compte. Pour chaque mois, la colonne de gauche se réfère à 1990-1991, celle de droite à 1995-1996 :

Mois/Motif invoqué

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Janvier

Février

Maladies

12

13

15

37

35

22

21

16

34

7

20

26

Autorisations d’absence

3

2

8

1

10

2

5

1

2

2

2

2

Stages

2

2

13

14

5

5

12

4

Examens

Grèves

3

20

9

23

TOTAL

15

20

25

71

45

47

26

45

41

21

22

32

Mars

Avril

Mai

Juin

Total

25

61

21

15

14

76

1

1

472

2

2

4

2

5

4

7

1

67

11

10

5

2

1

86

3

3

55

27

74

28

27

19

85

10

3

683

Le déséquilibre est patent :

Année scolaire / Motif invoqué

1990-1991

1995-1995

Maladies

198

274

Autorisations d’absence

48

19

Stages

9

77

Examens

3

0

Grèves

0

55

TOTAL

258

425

Un tel différentiel, notamment en ce qui concerne les congés de maladie, pourrait – si l’on souscrit à la clause in ceteris paribus – conforter l’hypothèse suggérée ci-dessus14.

Le personnel administratif et l’équipe de direction forment, pour leur part, un ensemble assez homogène d’une vingtaine de personnes, le principal et son adjoint ayant – au moment où nous les avons contactés (c’est-à-dire en mai 1995) – entre cinq et huit ans d’ancienneté dans l’établissement15.

Au total, des ordres de grandeur et des caractéristiques proches de ce que l’on observe dans des collèges du même type situés en zones d’éducation prioritaires16.

De nombreuses incertitudes

Le protocole d’enquête a été établi comme suit :

Nombre de passations

Type de support / Population interrogée

Entretiens semi-directifs

Questionnaires

Adultes :

23

16

Personnel d’intendance et de surveillance

16

4

Enseignants

7

12

Élèves

13

43

Une cohésion à renforcer

Vingt-trois interviews ont été effectuées. Les premières ont eu lieu en mai 1995, les deux dernières en octobre et en novembre 1996, chacune d’entre elles durant approximativement une heure :

Numéro de l’entretien (par ordre chronologique)

Qualité

Âge

Sexe

Ancienneté au collège au 1er septembre 1995

Autres caractéristiques

1

Principal

Cinquantaine

M

8 ans

Quitte le collège en juin 1996

2

Principal adjoint

Quarantaine

M

5 ans

Idem, mais en juin 1995

3

Secrétaire de direction

Trentaine

F

8 ans

4

Conseillère d’orientation

Quarantaine

F

11 ans

Chargée de vie scolaire

5

Surveillant

22

M

1 an

Appelé du contingent

6

Surveillante

25

F

2 ans

« Pionne »

7

Surveillante

26

F

1 an

Contrat CES

8

Intendant

Trentaine

M

3 ans

Responsable de l’équipe entretien et gestion

9

Secrétaire

Quarantaine

F

23 ans

Placée sous l’autorité de l’intendant

10

Agent d’entretien

Quarantaine

F

6 ans

Affectée à la cantine

11

Agent d’entretien

Cinquantaine

F

26 ans

Idem

12

Agent d’entretien

Quarantaine

M

12 ans

Spécialisé dans les travaux de réparation

13

Cuisinier

Cinquantaine

M

21 ans

14

Médecin

Quarantaine

F

15 ans

À mi-temps

15

Infirmière

Trentaine

F

4 ans

Sur plusieurs établissements

16

Assistante sociale

Trentaine

F

2 ans

Sur trois collèges

17

Professeur d’EPS

Quarantaine

M

18 ans

Demande sa mutation pour un lycée

18

Professeur de français

Quarantaine

F

14 ans

19

Professeur de français et latin

Soixantaine

F

24 ans

En retraite en juin 1996

20

Professeur de sciences naturelles

Quarantaine

F

9 ans

Détachée à mi-temps à la MAFPEN

21

Professeur de technologie

Trentaine

M

5 ans

22

Professeur d’histoire-géographie

28

F

1 an

Première affectation

23

Documentaliste

Quarantaine

F

11 ans

S’occupe du CDI

Reprenons la consigne initiale : « Pouvez-vous me parler du collège au quotidien ? » Les problèmes abordés sont d’emblée replacés dans un contexte plus vaste où sont regroupés pêle-mêle misère, chômage et exclusion. Un tel environnement serait ressenti négativement par les élèves, lesquels – insuffisamment épaulés – ne pourraient être que découragés :
- « Ils viennent tous d’un milieu très défavorisé, sous-scolarisé » (E 2).
- « Ils n’ont plus d’horizon, plus aucun espoir […] et ne croient plus en rien » (E 4).
- « À la maison, c’est souvent la galère » (E 7).
- « L’inscription à l’école signifie essentiellement, pour les familles, le versement d’allocations » (E 8).
- « Les enfants sont laissés à eux-mêmes et traînent dans les rues. Quant aux parents, ils ne sont plus capables de poser des limites » (E 11).
- « Avec eux, nous sommes aux antipodes de la normalisation » (E 17).
- « Certains sont élevés à la dure. Ce qui explique qu’ils aient par exemple des couteaux. S’ils n’étaient pas armés, ils se feraient embêter » (E 22).

Quelques-uns sont d’un avis contraire :
- « Il arrive que tel ou tel collège envenime la situation, favorisant de la sorte une sorte de “racisme social” » (E 20).
- « Il faut arrêter de mettre des étiquettes et de tout rejeter sur l’extérieur » (F 18).

De ce manque de repères, découlerait une agitation permanente :
- « Il n’y a plus de valeurs, on ne sait plus ce qui est bien ou mal » (E 1).
- « C’est tout le temps “électrique”, ça peut exploser n’importe quand » (E 5).
- « Comme ces jeunes n’ont plus d’éducation, ils sont toujours en train d’aboyer, prêts à mordre » (E 6).

La situation, estime-t-on, n’est cependant pas désespérée, à condition d’écouter et de savoir s’y prendre :
- « Au fond, ce n’est jamais très grave. Il faut juste établir le contact et restaurer la confiance » (E 6).
- « Si on prenait la peine de leur apprendre les codes de conduite, ça irait sans doute mieux, d’autant qu’ils ne sont pas très méchants » (E 10).
- « Dès qu’un dialogue s’instaure et dès qu’ils sentent qu’on les respecte, une coopération est possible […]. J’ai souvent vu des “durs” qui me donnaient un coup de main pour débarrasser les tables » (E 11).
- « Avec l’expérience, c’est plus aisé […]. Mais beaucoup restent sur leur réserve, dans leur coin » (E 17).
- « On entend tout autant “nique ta mère” que “bonjour” ou “bonsoir”. Alors, on doit s’adapter […]. Seulement, on n’est pas formé pour ça » (E 18).
- « Quelquefois, c’est la haine réciproque, l’escalade […]. Pourtant, il en faudrait peu pour désamorcer » (E 21).

Dès lors, il ne s’agit pas de nier mais de relativiser la violence ambiante :
- « Il y a toujours eu des débordements, ce n’est pas nouveau » (E 1).
- « En fait, ce sont plutôt des taquineries, une manière d’être » (E 2).
- « La grande méchanceté, je ne l’ai jamais vraiment rencontrée » (E 5).
- « Dans ma jeunesse, c’étaient des voitures abîmées, des agressions. Aujourd’hui, c’est davantage le chahut ou l’apathie » (E 18).
- « Pour moi, le terme adéquat est celui d’“incompréhension” ou de “frustration” » (E 20).

La dimension « verbale » est celle qui est non seulement la plus perceptible mais aussi la plus pernicieuse, susceptible de décupler les ardeurs belliqueuses :
- « Ils commencent par s’invectiver, puis ils se battent » (E 1).
- « Les mots font mal, laissent des traces et entraînent finalement des conflits » (E 2).
- « Les coups de pied viennent souvent après des moqueries » (E 4).
- « Les insultes font partie de leur langage. Très vite, ça peut déraper et déboucher sur la xénophobie ou la discrimination » (E 21).

La violence en acte est, en revanche, jugée moins traumatisante, ne faisant exprimer qu’un « trop plein d’énergie » propre à cette classe d’âge :
- « Quand ils se tapent dessus, c’est pour s’amuser » (E 9).
- « C’est comme un jeu ou un spectacle. Ceux qui sont autour font monter la pression : ça crie, ça hurle » (E 13).
- « Une bande choisit une cible au hasard, se rue sur elle, provoquant des échauffourées, puis se retire […]. Cette année, c’est la grande mode » (E 22).

La pression du groupe apparaît centrale et ne fait qu’aviver les tensions :
- « À certains moments, ils se comportent comme des animaux […]. Le troupeau dicte sa loi » (E 17).
- « Ensemble, ils peuvent être dangereux mais, lorsqu’ils sont tous seuls, ce ne sont plus les mêmes : ils parlent presque doucement » (E 19).

Les infractions vis-à-vis des biens et des personnes ne laissent pas indifférent, surtout lorsque certains seuils sont franchis :
- « Mon adjoint a pris une brique dans son pare-brise. Il a emprunté un véhicule au garage mais la vitre latérale a été de nouveau cassée. La même mésaventure est arrivée à des professeurs après un conseil de classe ou après un examen » (E 1).
- « Des enseignants ont été injuriés et ont eu droit à des “bras d’honneur”. Certains étaient même attendus à la sortie du collège » (E 3).
- « Les ados ont du mal à accepter les contraintes […]. Dès qu’une exigence précise se fait jour, ils se braquent, s’énervent, peuvent se lever ou balancer une chaise » (E 4).
- « Des menaces sont proférées […]. On veut intimider, on teste votre résistance et, au besoin, on est prêt à se rebiffer » (E 6).
- « Dans les couloirs ou pendant la récréation, l’adulte a intérêt à faire attention, sinon il s’expose à des représailles […]. Le matériel n’est pas non plus épargné. Ils peuvent tordre des fourchettes, écrire sur des tables, balancer des cailloux pour une histoire de porc à la cantine » (E 10).
- « Aux toilettes, ils montent sur le pot et pissent derrière, les filles comme les garçons » (E 11).
- « Tout cela ne se résume pas à un simple chahut traditionnel. Il y a, en plus, une volonté de nuire » (E 20).

Les retards répétés, l’inattention et le refus des consignes sont mal vécus, l’exercice du métier d’enseignant étant de plus en plus semé d’embûches :
- « Ils vont en cours quand ils en ont envie, au moment qui leur plaît » (E 6).
- « Ce qui est rageant, c’est qu’on n’a plus aucune prise sur eux […]. Plus rien ne peut les atteindre : les heures de “colle”, ils s’en fichent » (E 17).
- « Il y a ceux qui dorment ou qui refusent de participer, ceux qui se coiffent ou se font les ongles, ceux qui sont complètement ailleurs » (E 18).

D’où des face-à-face parfois « musclés » :
- « Si certains me cherchent ou sont malhonnêtes, je leur réponds » (E 12).
- « On peut dire qu’une à deux fois par an, je leur “rentre dans le chou” » (E 17).
- « On est obligé de mettre des barrières et de “montrer les dents” quand cela est nécessaire » (E 21).

De telles frictions ne signifient pas aveuglement et peuvent laisser place à des attitudes plus compréhensives :
- « Envoyer balader un élève sans explication n’est pas la meilleure solution » (E 16).
- « On est là pour donner l’exemple. Moi, je leur dis bonjour en premier, merci […]. Du coup, je n’ai pas de problème » (E 20).
- « Ils ne supportent pas l’injustice […]. On doit s’efforcer de leur expliquer pourquoi on les punit, ce qu’on leur reproche » (E 23).

Suivant les lieux ou les moments, les velléités peuvent être plus ou moins fortes :
- « La cour de récréation est un endroit propice, où la surveillance est moindre et où des regroupements peuvent intervenir » (E 7).
- « Dès que la cloche sonne, on les entend crier, se bousculer, comme si on ouvrait une cage » (E 10).
- « On ressent une pression supplémentaire la veille des vacances […]. Tout le monde est fatigué, irritable, à cran » (E 12).
- « La fin de trimestre, les jours de pluie ou de neige, tout est possible : agitation, provocation, passage à l’acte » (E 18).

D’autres « déclencheurs », tant endogènes qu’exogènes, sont également « listés » :
- « L’absentéisme des profs peut se révéler préoccupant […]. Quand on “libère” les ados, ceux-ci sont désœuvrés et font des c… » (E 1).
- « À chaque fois que vous avez une charge de CRS contre les dealers du coin, l’effervescence prévaut » (E 2).
- « Si, dans le quartier, il y a vol ou descente de flics, vous êtes sûr du résultat : le lendemain, chacun est sur ses gardes » (E 13).
- « Des événements extérieurs, comme la Guerre du Golfe, peuvent influer sur le climat de l’établissement » (E 18).

Ceux qui posent problème peuvent être identifiés à partir d’observations concordantes :
- « Certains sont violents par dépit […]. Ayant un esprit plus pratique, ils ne s’intéressent guère aux enseignements dispensés » (E 2).
- « Beaucoup manquent de confiance en eux, sont très fragilisés et ne savent pas communiquer leur souffrance autrement que par de tels actes » (E 4).
- « En première ligne, ce sont des garçons de troisième, une dizaine qui ont déjà “déraillé” et dont l’influence peut être préjudiciable […]. Ils ne forment pas de bandes structurées : les amitiés changent, les alliances aussi » (E 10).
- « Les filles sont moins nombreuses mais, quand elles s’y mettent, ce sont de vraies tigresses » (E 13).
- « Plusieurs strates sont à distinguer. Les meneurs – souvent très intelligents – ne se font pas prendre et sont admirés par leurs camarades. Derrière eux, il y a les têtes de turc, cumulant les handicaps » (E 21).
- « Quelques-uns sont déjà repérables en sixième. Plus ils grandissent, plus ils indisposent » (E 22).

Les « victimes » sont de même très typées :
- « Les nouveaux venus, ceux qui ne vivaient pas auparavant dans le quartier, sont davantage visés » (E 2).
- « Les plus petits et les plus craintifs, ceux qui ont l’air sage ou qui ne se plaignent jamais, constituent la “proie” idéale » (E 4).
- « La liste comprend aussi ceux qui se laissent faire, qui ont un besoin affectif énorme ou portent des stigmates » (E 19).
- « Il y a, dans certains cas, “permutation”, à savoir que ceux qui agressent peuvent être à leur tour châtiés » (E 23).

Les actions entreprises pour endiguer cette violence restent, pour la plupart d’entre elles, assez confidentielles ou peu attractives :
- « Rien n’est vraiment concerté […]. Ce ne sont que des mesures ponctuelles et individuelles » (E 6).
- « De temps en temps, des réunions sont organisées par le principal, mais je n’y participe pas […]. Je préfère une ligne de conduite au quotidien » (E 11).
- « Chacun y va de sa méthode pédagogique, de son échelle de sanctions […]. Dommage qu’il n’y ait pas de projet d’ensemble » (E 20).

Seules les activités proposées par les associations sportives et les clubs de vidéo ou d’informatique sont couramment évoquées et bénéficient d’un jugement favorable :
- « Entre midi et deux heures, les demi-pensionnaires ne sont plus livrés à eux-mêmes. Ils peuvent ainsi investir dans des domaines qui leur plaisent […]. Bientôt, ils “surferont” sur le web ! » (E 5).
- « Les tournois de football en salle remportent un vif succès. La compétition mobilise les troupes » (E 17).
- « Durant ces créneaux, on les occupe. Ce n’est pas si mal » (E 18).
- « Au moins, pendant ce temps-là, ils n’ont pas l’esprit ailleurs » (E 23).

D’autres interventions, plus spécifiques17, ne sont plus connues que d’« initiés » ou n’ont suscité que des sentiments mitigés :
- « De septembre à novembre 1994, avait été instituée une Commission d’écoute. L’idée était bonne, mais c’était trop “plaqué” et ça n’a pas “collé” » (E 2).
- « Les travaux ont dévié […] et des effets pervers sont apparus. Sans le vouloir, nous avons créé une sorte de “tribunal” : les élèves étaient catalogués et se voyaient asséner des leçons de morale » (E 18).
- « Il y a deux ans, un projet de prévention a été présenté. Neuf séances étaient programmées. On attendait des réponses adéquates, des mesures concrètes […]. Et puis, rien : la solution miracle n’est pas de ce monde » (E 22).
- « Il nous est arrivé de fonctionner en partenariat avec d’autres institutions […]. Il y a des réussites lorsqu’on va à la rencontre des familles et qu’on s’ouvre sur l’extérieur […]. Mais les échecs sont souvent là : problèmes de motivation, de compétence, de synergie » (E 23).

Un large consensus semble néanmoins se dessiner quant aux représentations relatives à la violence et à son évolution. Tout se passe comme si, aux yeux des personnes interviewées, la situation s’améliorait (les incidents graves étant de plus en plus rares) alors que l’ambiance générale tendait à se dégrader (la discipline et l’observance des règles étant de moins en moins prisées par les jeunes générations) :
- « D’un côté, on constate qu’il y a moins de dégradations ou d’actes de vandalisme ; de l’autre, les profs disent qu’ils en ont “ras-le-bol” » (E 2).
- « Par rapport à l’année dernière, on se sent mieux : c’est sans doute dû à une plus grande surveillance […]. Mais, avec certains élèves, le dialogue reste lettre morte » (E 5).
- « Grâce aux clubs, on peut lutter contre l’oisiveté. Ce n’est pas la panacée mais c’est toujours ça de pris » (E 8).
- « Ce n’est plus supportable : les crachats, les insanités sont le lot commun ! » (E 12).
- « On respire un peu plus, mais c‘est peut-être moi qui m’habitue. Il n’empêche que les enseignants sont de plus en plus découragés car ils font de plus en plus de garderie » (E 16).
- « Chez les anciens, certains sont lassés et demandent leur mutation » (E 17).
- « Les acteurs de terrain m’ont beaucoup appris. Sans eux, je n’aurais rien compris aux élèves que j’ai en face de moi. Mais c’est un combat sans fin » (E 18).
- « Si l’on est moins distant de l’univers des élèves, ceux-ci sont moins agités […]. Le problème, c’est qu’en agissant ainsi, ça use […]. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui se dépensent sans compter. Jusqu’au jour… » (E 19).
- « Le changement est perceptible. Désormais, la violence est moins spectaculaire, plus anomique. Avant, les ados étaient plus combatifs et plus “physiques”, maintenant c’est la déliquescence […]. On ne sait plus trop ce qui se passe, on ne se comprend plus » (E 23).

L’analyse d’une quinzaine de questionnaires (sur les quarante distribués en mai 1996 auprès du corps professoral et du personnel d’intendance et de surveillance) corrobore ces premiers enseignements.

Numéro du questionnaire

Qualité

Âge

Sexe

Situation matrimoniale

Ancienneté au collège au 1er septembre 1995

Niveau de formation

1

Maîtresse-auxiliaire

28

F

Célibataire

2 ans

Licence

2

Professeur, certifiée, histoire-géographie

Quarantaine

F

Mariée, un enfant

8 ans

Maîtrise

3

Professeur, certifiée, lettres modernes

37

F

Mariée, deux enfants

6 ans

Maîtrise

4

Professeur, certifiée, anglais

44

F

Célibataire

4 ans

Maîtrise

5

Professeur, certifié, mathématiques

Trentaine

M

Marié, un enfant

3 ans

Licence

6

Professeur, PEGC, technologie

Quarantaine

M

Divorcé

5 ans

Licence

7

Professeur, PEGC, allemand

Quarantaine

F

Mariée, deux enfants

2 ans

Licence

8

Professeur18

9

Professeur

10

Professeur

11

Professeur

12

Professeur

13

Surveillant

22

M

Célibataire

1 an

Bac D

14

Surveillant

25

M

Célibataire

2 ans

DEUG

15

Agent d’entretien

Cinquantaine

F

Mariée, deux enfants

8 ans

CAP

16

Agent d’entretien

Quarantaine

M

Marié, un enfant

6 ans

CAP

Les relations avec l’administration, est-il proclamé, sont plutôt « confiantes » (Q 2) et « conviviales » (Q5), bien que parfois « distantes » (Q 7) ou « tendues » (Q 12). Entre collègues, l’ambiance est qualifiée de « chaleureuse » (Q 3), voire d’« amicale » (Q 13), même si, dans la salle des professeurs, une certaine « morosité » peut prévaloir (Q 10, Q 13 et Q 15).

Les élèves, poursuit-on, ne forment pas une communauté homogène (Q 1, Q 14 et Q 16) ; certains ont l’âme ou le tempérament d’un « leader » (Q 4), d’autres ne sont que des « exécutants » ou des « faire-valoir » (Q 6), une « minorité active » étant à même d’apporter la contradiction (Q 9) à travers des « altercations » (Q 10), des « règlements de compte » (Q 12) ou des « sautes d’humeur » (Q 15). Sans que l’on sache exactement pourquoi, l’hostilité peut soudainement céder la place à la camaraderie (Q 7), la connivence à l’acrimonie (Q 8).

La majorité s’émeut de la « montée des incivilités » (Q 3), les valeurs d’« écoute » (Q 4) ou de « respect mutuel » (Q 5) étant en perte de vitesse. Pourtant, sur moyenne période, des signes encourageants peuvent être mis en exergue : « moindre intérêt des conflits » (Q 7), « procédures de contrôle plus efficaces » (Q 10), « meilleure maîtrise de l’environnement » (Q 11). En contrepartie, il faut être tout le temps « sur le pont » (Q 1), « ne jamais baisser la garde » (Q 6) et « se remettre en cause » (Q 10).

La violence, insiste-t-on, est avant tout « verbale » : « injures » (Q 1), « hurlements » (Q 11) ou « grossièretés » (Q 16) doivent être pris très au sérieux et peuvent « déstabiliser » (Q 2), « irriter » (Q 9) ou rendre « agressifs » (Q 13). Le registre des « infractions » n’est pas oublié, qu’il s’agisse de « jets de colle » (Q 3) ou de « coups de cutter » sur les blousons de cuir (Q 4), de « chapardages » (Q 5) ou d’« effractions » dans les casiers (Q 12).

L’environnement aurait ici une grande part de responsabilité : « milieu d’origine déstructuré » (Q 1), « démission parentale » (Q 3), « habitat défavorisé » (Q 7), « pénurie d’emplois » (Q 8), « relâchement des contraintes morales (Q 11), « impact néfaste des médias » (Q 14).

Par ailleurs, la connaissance des dispositifs de prévention demeure assez limitée. Aucune « action d’envergure » n’est signalée, l’« information » (Q 9) ou la « concertation » (Q 13) faisant souvent défaut. Les mesures prises s’apparentent à du « saupoudrage » (Q 4) ou à un « bric-à-brac » (Q 5) : leur utilité est reconnue mais les résultats apparaissent modestes eu égard aux efforts déployés (Q 1, Q 10 et Q 16), certaines expériences – comme les « groupes de réflexion » (Q 6) ou les « cellules d’échange » (Q 12) – n’ayant pas laissé un souvenir impérissable ou s’étant soldées par un « échec » (Q 11) ou des « désillusions » (Q 15).

Si la participation à tel ou tel de ces programmes est très variable, les suggestions visant à « insuffler un nouvel élan » (Q 2) ou à « dynamiser les énergies » (Q 7) ne manquent pas :
- « Les lignes jaunes ne doivent pas être franchies. Il faut être ferme sur ce point et ne pas céder à la démagogie. Encore doit-on se conduire avec discernement, avec comme souci constant d’expliquer les normes de l’institution et d’être très proche de ses élèves » (Q 3).
- « Encourageons ce qui marche : les interventions de type “guidance”, le partenariat avec les associations socioculturelles… » (Q 5).
- « Il y a, bien sûr, des paramètres qui nous échappent : la conjoncture économique, la détérioration des conditions de vie, le brouillage des codes traditionnels […]. Mais, sur place, on peut quand même faire passer certains messages. À nous, en confrontant nos opinions, de concevoir la méthodologie la plus appropriée » (Q 9).

Des tensions qui peuvent resurgir

Quarante-trois élèves, répartis sur quatre classes, ont bien voulu remplir, lors de l’heure d’« aide au travail », le questionnaire « violence » que leur avait distribué leur professeur. Deux membres de l’équipe de recherche étaient, lors de chaque passation, présents pour veiller au bon déroulement des opérations et dissiper tout malentendu :

Composition de l’échantillon

Sexe / Classe

Garçons

Filles

TOTAL

Sixième

8

2

10

(de Q 1 à Q 10)

Cinquième

8

6

14

(de Q 11 à Q 24)

Quatrième

5

4

9

(de Q 25 à Q 33)

Troisième

9

1

10

(de Q 34 à Q 43)

TOTAL

30

13

43

La plupart ont redoublé, sont boursiers, de nationalité française et appartiennent à des milieux défavorisés.

Les relations entre camarades de classe sont jugées « bonnes », « convenables » ou « satisfaisantes ». Certes, les intercours peuvent générer des incidents, mais ceux-ci sont « mineurs » et ne prêtent pas à conséquence :
- « On se traite de tous les noms, mais ce n’est qu’un jeu » (Q 2).
- « Entre nous, on se serre les coudes. Si l’un a des difficultés, on ne le laisse pas tout seul » (Q 7).
- « J’ai beaucoup d’amis. On rigole bien ensemble » (Q 19).
- « Des fois, on prend des coups. Mais c’est chacun son tour » (Q 27).

Les plus jeunes apprécient leurs professeurs :
- « Ils nous expliquent quand on ne sait pas faire » (Q 3).
- « On sent qu’ils veulent qu’on progresse » (Q 4).
- « Il arrive qu’on rigole avec eux » (Q 9).

Les « anciens », au contraire, se montrent plus critiques, mettant en évidence ce que les sociologues appellent un « effet Pygmalion » :
- « On n’arrête pas de nous répéter qu’on est “nul” » (Q 33).
- « Certains nous ont dans le nez […]. Quoi qu’on fasse, on est toujours catalogué. Aucune chance de s’en sortir… » (Q 41).
- « On n’hésite pas à nous dire qu’on est une “classe-poubelle”. Ça nous décourage » (Q 43).

Les jugements ne sont pas toujours aussi abrupts. L’atmosphère, concède-t-on, peut changer selon les circonstances et les interlocuteurs. Idem pour ce qui est des rapports avec le personnel administratif : pas d’anicroche particulière, les quelques récriminations portant sur les « fouilles à l’entrée du collège » (Q 5), les « réprimandes non justifiées » (Q 23) ou la « trop grande sévérité dans l’application des textes » (Q 31). D’où, dans certains cas, un sentiment de « révolte » ou d’« incompréhension » :
- « Pour une minute en retard, on n’entre pas en cours » (Q 16).
- « Une fois, je n’ai pas pu être à l’heure parce que j’avais raté le bus […]. Je n’y étais pour rien et, malgré tout, j’ai été puni » (Q 19).
- « Une fille a dit un jour que je l’avais agressée. C’était faux. J’ai quand même été renvoyé » (Q 38).
- « Quand on est deux à être convoqués et qu’un seul est pénalisé, ce n’est pas normal » (Q 40).

Les sanctions elles-mêmes ne sont guère considérées comme dissuasives, seule la menace d’un renvoi définitif étant prise au sérieux :
- « J’en connais qui s’en moquent et qui récidivent » (Q 12).
- « Les colles, c’est assez cool » (Q 25).
- « Quand tu passes à la caisse et que tu n’as pas fait grand-chose, tu peux avoir la rage » (Q 41).

Le verdict est mieux accepté quand il émane d’un enseignant :
- « Le directeur a toujours raison […]. Dans son bureau, on ne pèse pas lourd » (Q 18).
- « Le principal fait semblant de t’écouter mais il sait déjà ce qu’il va décider » (Q 27).
- « Le prof, lui, assiste à la scène : il peut juger sur pièces » (Q 34).

La violence physique ou matérielle est celle qui est la plus « visible », mais d’autres composantes sont également à l’honneur19 :

Registre évoqué

Mots clés

Physique

Bagarres. Disputes. Agressions. Coups. Rackets

Matériel

Vols. Casses. Dégradations. Salissures. Dommages

Verbal

Cris. Insultes. Injures. Grossièretés. Insolence

Moral

Racisme. Injustices. Chantage. Pression. Sadisme

Les termes « bagarres » et disputes » sont les plus cités (51 % des occurrences), viennent ensuite ceux d’« insultes » et de « grossièretés » (16 %), une volonté de « dédramatisation » étant très nettement perceptible :
- « On crie fort, mais ce n’est pas pour de vrai » (Q 11).
- « Ce n’est jamais méchant […]. Il faut bien qu’on s’amuse et qu’on se défoule » (Q 29).
- « J’ai des “potes” qui font comme dans les films : c’est marrant » (Q 35).

Notons que le discours fluctue en fonction des événements et que la rhétorique de la « minoration » ou du « désamorçage » n’est plus de mise lorsque l’on on est à son tour agressé, ce qui était de l’ordre du « divertissement » étant à présent vécu de manière beaucoup moins enjouée.

Dans l’échelle de gravité20, les « gros mots » font presque jeu égal avec les « agressions ». La parole, en effet, n’est pas innocente et peut échauffer les esprits :
- « Les menaces, c’est ce qu’il y a de pire […]. Tu ne sais pas sur quel pied danser » (Q 19).
- « Quand on est ensemble et qu’on s’injurie, personne ne trouve à redire […].

Mais si quelqu’un – ne faisant pas partie du groupe – se permet ce genre de fantaisie, ça “craint” et on n’est pas prêt à lui pardonner » (Q 37).

La cour, les halls et le réfectoire sont les lieux les plus exposés, de même que le gymnase, les salles de classe ou des endroits plus cachés où l’on peut se mouvoir tranquillement à l’abri des regards indiscrets :
- « Le distributeur de boissons, situé au fond du couloir, est cassé au moins une fois par mois » (Q 5).
- « Dans les vestiaires, je me suis fait “chiper” mes affaires » (Q 9).
- « À la cantine, ça “piaille” et on peut nous “piquer” nos desserts » (Q 12).
- « À la récré, tu dois faire gaffe […]. Un mauvais coup est vite venu » (Q 33).
- « Les toilettes ne sont pas des plus propres et certains en rajoutent » (Q 40).

Tout peut « chavirer en un clin d’œil » (Q 7) : on commence par « s’asticoter » mais cela peut mal tourner, la frontière entre ce qui est plaisant et ce qui blesse ou meurtrit étant très floue.

À la différence des adultes, les adolescents ne font guère référence au contexte socio-économique et ignorent les périodes à risques comme celles correspondant aux variations saisonnières ou aux veilles de vacances.

Trois sur quatre, associant prévention et répression, sont au courant de l’existence de clubs ou d’associations au sein du collège, la participation et l’intérêt portés à ce type d’activités étant décroissants avec l’ancienneté dans l’établissement.

Les propositions destinées à combattre la violence sont de facture très classique : plus de personnel de surveillance et d’entretien, davantage de sport et d’ouverture sur l’extérieur, une meilleure écoute…

Si l’on se sent mieux au-dehors parce qu’on est plus libre, l’on ne souhaite pas pour autant s’exiler ou quitter ses camarades.

Ces données peuvent être affinées en prenant appui sur l’examen d’une douzaine d’entretiens semi-directifs réalisés en mai 1996.

Population interrogée

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

1

F

13

Franç.

6e

3

Couple marié

P : ouvrier spécialisé ; M : au foyer

Danse

Ne sait pas

Oui

Oui

2

M

13

Franç.

6e

4

Union libre

P : conducteur ; M : au foyer

Football, vélo

Ne sait pas

Non

Oui

3

M

14

Algér.

5e

4

Couple marié

P : retraité ; M : au foyer

Musique

Mécanicien

Oui

Oui

4

M

14

Franç.

5e

2

Divorce

P : cuisinier ; M : au foyer

Promenades

Ne sait pas

Non

Oui

5

F

14

Franç.

5e

3

Couple marié

P : ouvrier ; M. : vendeuse

TV, cuisine

Puéricultrice

Non

Non

6

M

14

Franç.

4e

3

Couple marié

P : employé ; M : au foyer

Randonnées

Ne sait pas

Oui

Non

7

M

14

Franç.

4e

2

Couple marié

P : chômage ; M : caissière

Vidéo

Policier

Non

Oui

8

F

15

Franç.

4e

4

Remariage

P : maçon ; M : au foyer

Mots fléchés

Faire un bac STT

Oui

Oui

9

F

15

Franç.

4e

3

Couple marié

P : artisan ; M : au foyer

Danse

Ne sait pas

Non

Non

10

M

16

Franç.

3e

4

Couple marié

P : employé ; M : au foyer

Football

Routier

Non

Non

11

M

16

Franç.

3e

3

Divorce

P : chômage ; M : au foyer

Vélo

Ne sait pas

Oui

Oui

12

F

16

Maroc.

3e

5

Couple marié

P : ouvrier ; M : au foyer

Cinéma

Infirmière

Oui

Oui

13

F

Franç.

3e

2

Couple marié

P : retraité ; M : coiffeuse

Gymnastique

Ne sait pas

Non

Non

Colonnes 1 : numéro de l’entretien (par ordre chronologique) ;
2 : sexe ;
3 : âge ;
4 : nationalité ;
5 : classe ;
6 : nombre de frères et sœurs ;
7 : situation matrimoniale des parents ;
8 : profession du père (P) et de la mère (M) ;
9 : loisirs ;
10 : projet d’avenir ;
11 : demi-pension ;
12 : boursier.

Sont notamment réaffirmés :
- le caractère endogène des facteurs « déclenchants » : locaux « vétustes » (E 2), professeurs « distants » (E 4) et « insuffisamment motivés » (E 5), administration « suspicieuse » (E 7), « hautaine » (E 9) ou « sans pitié » (E 11), camarades « agités » et « immatures » (E 12) ;
- l’acceptation du règlement, sous réserve que celui-ci soit appliqué de façon « équitable » (E 1), « avec souplesse » (E 3) et « sans passe-droit » (E 6) ;
- la faible appétence pour les dispositifs mis en place, « trop contraignants » (E 8), « mal conçus » (E 10) ou « pas assez ambitieux » (E 13).

Les statistiques qui nous ont été transmises (parfois avec parcimonie) souffrent de nombreux biais et ont dû être « recoupées » par des investigations complémentaires, l’absence de « grilles de diagnostic » étant très dommageable.

Grâce aux témoignages recueillis auprès des différentes populations concernées21, nous nous sommes néanmoins efforcés de dresser un « état des lieux » prenant en considération le point de vue des attentes et des représentations. Quelques éléments clés sont à souligner :
- plusieurs indicateurs (dont l’évolution du nombre de « demandes de mutation », de « congés de maladie » ou de « mesures d’exclusion ») traduisent la persistance de tensions plus ou moins vives liées à des « incompréhensions » ou à des « insatisfactions », lesquelles sécrètent des angoisses ou des frustrations ;
- la confrontation des univers en présence, qu’il s’agisse de normes ou de codes de socialisation, attire l’attention sur des divergences d’appréciation, de plus en plus marquées, touchant à la « visibilité » et à la « gravité » des actes ou des comportements qualifiés de « violents » ;
- les réponses apportées par l’institution apparaissent « fragmentaires » et « timorées », débouchant sur des « effets pervers » ;
- même si l’on a pu parer au plus pressé, la valorisation de l’image de marque de l’établissement est une œuvre de longue haleine nécessitant la définition d’un projet d’ensemble cohérent et fédérateur, où chacun puisse jouer sa partition à bon escient (aide au travail personnel, ateliers d’éducation à la sociabilité, actions de partenariat…).

Bibliographie

Body-Gendrot, S. (1993). Ville et violence. L’irruption de nouveaux acteurs. Paris, PUF.

Defrance, B. (1992). La Violence à l’école. Paris, Syros.

Douet, B. (1987). Discipline et punitions à l’école. Paris, PUF.

Dubet, F. (1987). La Galère. Jeunes en survie. Paris, Fayard.

Ferréol, G. (dir.) (1998). Intégration, lien social et citoyenneté. Lille, Presses universitaires du Septentrion.

Hébert, J. (1991). La Violence à l’école. Guide de prévention et techniques d’intervention. Montréal, Logiques.

Hellbrun, R. et Pain J. (1992). Intégrer la violence. Paris, Matrice.

Payet, J.-P. (1995). Collèges de banlieues. Paris, Klincksieck.

Vieillard-Baron, H. (1996). Les Banlieues. Paris, Flammarion.

Wieviorka, M. (dir.) (1997). Un nouveau paradigme de la violence ? Paris, L’Harmattan.

Notes

1 Les références complètes sont en bibliographie. Retour au texte

2 Nous avons bénéficié sur ce site de la précieuse collaboration de Guy Arnould, d’Anne Destailleur et d’Annie Mortreux. Sont venus par la suite grossir les rangs Delphine Balesta et Évelyne Laigle, la recherche ayant été financée par le Rectorat et le CRDP de Lille. Retour au texte

3 Développement social urbain. Retour au texte

4 Zone d’éducation prioritaire. Retour au texte

5 Conseil communal de la prévention de la délinquance. Retour au texte

6 Ce taux est calculé selon la formule :
Image 1000000000000210000000402E9F03465C3C86C6.png Retour au texte

7 On peut, bien entendu, s’interroger sur la signification de ces chiffres et se demander en particulier si les adultes ne sont pas plus stricts qu’autrefois dans l’application des sanctions. Retour au texte

8 La troisième Sand, regroupant en son sein de nombreux redoublants et des élèves dits « difficiles », fait figure d’« épouvantail » (dix-neuf mesures d’exclusion), suivie de très près par la quatrième Diderot. Retour au texte

9 Il va de soi que les écarts auraient été encore plus importants si l’on avait pu intégrer les mois de mars, avril, mai et juin. Retour au texte

10 Sans aucune autre précision. Retour au texte

11 Grâce aux moyens ZEP, aucune section ne dépasse les vingt-quatre élèves. Retour au texte

12 Classe d’insertion préparatoire professionnelle adaptée. Retour au texte

13 QT et TT désignent respectivement les quatrièmes et troisièmes « technologie ». Retour au texte

14 Gardons-nous pourtant de toute interprétation hâtive. Il suffit parfois d’une ou deux personnes en longue maladie pour fausser les données d’une année entière. D’un autre côté, l’inscription systématique aux stages peut être perçue comme une recherche de solutions face à des problèmes nouveaux, comme une fuite ou comme une prise de distance vis-à-vis de l’administration ou des pratiques éducatives. Retour au texte

15 Une nouvelle équipe prendra le relais quelques mois plus tard (septembre 1995). Retour au texte

16 Les résultats scolaires oscillent ainsi, depuis une décennie, entre 45 et 60 %. Retour au texte

17 Formation des délégués, aide individualisée, animation, CDI, sorties scolaires… Retour au texte

18 Cinq professeurs ont préféré conserver un total anonymat. Retour au texte

19 La « peur des grands » est forte en sixième, les « dangers de la toxicomanie » préoccupent davantage les quatorze/quinze ans. Retour au texte

20 Dans notre échantillon, 60 % environ avouent avoir commis des actes répréhensibles, « presque toujours en réponse à une attaque ». Retour au texte

21 Nous nous sommes aussi entretenus avec des riverains, des responsables de l’association PROMOPOP (prévention spécialisée) et quelques parents d’élèves affiliés à la CSCV (Confédération syndicale du cadre de vie). Ces derniers souffrent d’un « déficit d’informations » et se sentent « mis de côté », les « bonnes volontés » étant « plus d’une fois » marginalisées. Leurs enfants, disent-ils, sont trop esseulés et ne comprennent pas certaines décisions (interdiction du port des casquettes lors du plan Vigipirate, fermetures des toilettes à tel moment de la journée…). Les griefs s’adressent tout autant au personnel de cuisine (les repas ne faisant guère saliver) qu’aux enseignants (souvent « désabusés » ou « démunis ») et à l’équipe de direction (suspecte d’« immobilisme »). La condamnation n’est cependant pas systématique et des motifs d’espérer existent (projet « Petit déjeuner », approfondissement de la « formation ZEP »…). Retour au texte

Citer cet article

Référence papier

Gilles Ferréol, « Violence scolaire et projet d’établissement : les enseignements d’une monographie », Expressions-Riiclas, HS-1 | -1, 1-31.

Référence électronique

Gilles Ferréol, « Violence scolaire et projet d’établissement : les enseignements d’une monographie », Expressions-Riiclas [En ligne], HS-1 | 2025, mis en ligne le 03 novembre 2025, consulté le 15 janvier 2026. DOI : 10.61736/expressions-riiclas.160

Auteur

Gilles Ferréol

Université de Poitiers. Professeur de sociologie, directeur de l’Ipresco (Institut poitevin de recherches en sociologie de la connaissance)