Les politiques scolaires à La Réunion : le tournant des années soixante

DOI : 10.61736/expressions-riiclas.94

p. 1-33

Résumés

Pour situer le retard scolaire observable à la Réunion (Rectorat de La Réunion, 1994), cet article interroge les politiques scolaires menées à La Réunion au tournant des années soixante, période considérée comme le véritable accès à la départementalisation en matière scolaire de ce territoire post-colonial d’outre-mer. Le fort accroissement des effectifs scolaires durant cette décennie (démographie, réforme de l’enseignement) a engendré des défis d’infrastructure (locaux scolaires) et de personnel (qualification) régulièrement consignés par les acteurs locaux dans des tribunes médiatiques ou des documents institutionnels. Les disparités par rapport à la Métropole, concernant les conditions réelles de l’expérience scolaire ainsi que les résultats en termes de taux de scolarisation effective et de réussite aux examens, invitent à questionner l’importation d’un système éducatif métropolitain sans adaptation aux spécificités de l’île. Si les années 1960 ont été une période d’expansion quantitative des infrastructures éducatives, les aspects qualitatifs ont suivi plus tardivement (NDLR).

With regard to the educational disadvantage observed in Réunion Island (Rectorat de La Réunion, 1994), this article examines the educational policies implemented locally during the transitional period of the 1960s, which marked the genuine implementation of departmentalization in terms of schooling for this post-colonial overseas territory. The substantial increase in school enrollment during this decade — driven by demographic growth and educational reform — generated significant infrastructural and human resource challenges, particularly concerning school facilities and staff qualifications. Contemporary media coverage and institutional documentation frequently highlighted disparities compared to metropolitan France regarding both educational experience and academic achievement, notably in terms of effective enrollment rates and examination success rates. This prompts an examination of the transplantation of a metropolitan educational system without adequate adaptation to the island’s specific socio-cultural context. While the 1960s constituted a period of quantitative expansion in educational infrastructure, qualitative improvements were implemented subsequently (NDLR).

Plan

Notes de la rédaction

Article paru dans le n°6 de la revue Expressions en mai 1995

Texte

Dans sa dernière publication, Le Système éducatif en chiffres1, le Rectorat de La Réunion établit le bilan de fonctionnement pour l’année scolaire 1993-1994. Quelques chiffres éclairent la réalité du système scolaire sur notre département.

Tableau n° 1 : Taux de scolarisation 1993-1994 (public + privé, %)

Réunion

Métropole

2 ans

13,22

35,20

3 ans

98,68

99,10

4 ans

100,00

100,00

5 ans

100,00

100,00

16-19 ans en second degré

60,70

62,60

16-19 ans scolarisés

69,70

75,50

L’information dans ce tableau est à saisir dans les limites d’âge de la scolarisation : La Réunion accuse un net retard par rapport à la métropole pour la préscolarisation : 2 ans (13,22 % de scolarisés pour 35,20 % sur l’Hexagone) ; de même, la scolarisation au-delà de seize ans (limite d’âge pour la scolarité obligatoire) est apparemment plus fréquente en France métropolitaine qu’à La Réunion2.

Tableau n° 2 : Tableau comparatif Métropole / Réunion des résultats scolaires (1993-1994, %)

Réunion

Métropole

Retard de deux ans et plus en sixième

14,70

7,10

Probabilité pour un élève de CM2 :

- d’arriver en troisième

91,40

92,10

- d’arriver en terminale

49,70

65,00

Sorties du second degré sans qualification :

- niveau VI (sort du 1er cycle du second degré)

10,80

7,10

- niveau V bis (sort de 3e ou avant CAP et BEP)

11,30

9,70

Taux d’accès au niveau IV (terminale de lycée)

46,40

62,70

Quelques éléments sont éloquents :

  • la proportion d’élèves en retard scolaire de deux ans et plus en classe de sixième varie du simple (pour la Métropole : 7,10 %) au double (Réunion : 14,70 %) ;

  • la probabilité pour un élève de La Réunion d’arriver en terminale s’élève à 49,70 % pour 65,00 % en Métropole. Seuls 46,40 % d’une classe d’âge atteignent le niveau « baccalauréat » sur notre département, pour 62,70 % en Métropole ;

  • enfin, 22,10 % des jeunes Réunionnais sortent du second degré sans qualification pour 16,80 % en Métropole.

Ces quelques données quantitatives relatives à la fréquentation et aux résultats scolaires suffisent à exprimer l’importance de l’échec scolaire à La Réunion. Bien qu’un effort notable ait été consenti ces dernières années, assorti d’une réelle progression, une comparaison départementale mettrait en relief les difficultés de notre département au sein du système éducatif français.

Ce problème aigu invite à s’interroger. Comment comprendre et analyser la situation scolaire aujourd’hui sans se tourner vers un passé, une histoire encore récente, celle des années cinquante et soixante ? Les premiers éléments de réponse semblent, à l’évidence, provenir du statut original de notre département, département d’outre-mer depuis 19463 encore marqué par son passé de colonie et le poids des retards accumulés en matière d’éducation, certes, mais aussi sur le terrain de l’économie ou de la politique sanitaire et sociale.

Il y a là un lourd passif qu’il convient de prendre en compte pour appréhender avec discernement le système éducatif réunionnais actuel.

L’état de la recherche sur la question de l’histoire de l’enseignement à La Réunion est assez succinct. L’étude de l’enseignement à La Réunion est abordée dans l’article de Guy Lombard, « L’enseignement à La Réunion : pistes de recherche », paru dans les Actes de la table ronde de l’AHIOI (Saint-Denis, 1982, pages 363 à 373).

Cet article, à la fois, dégage des pistes de recherche sur l’enseignement aux XIXe et XXe siècles à La Réunion et oriente sur les liasses à consulter aux archives départementales. L’auteur met en relief la richesse des sources et insiste aussi sur l’étendue du travail. Trop peu d’études se sont véritablement consacrées à cette question.

Dans son histoire abrégée, P. Ève4 situe bien les travaux dans ce domaine au travers de son avertissement en première page :

Pour embrasser cette question dans sa globalité, deux milliers de pages ne suffiraient pas. Cette étude étant réalisée dans le cadre d’une exposition, laquelle ne permet pas de longs commentaires, tout un chacun comprendra aisément qu’il ne s’agit ici que d’une présentation sommaire. […] Maints auteurs ont déjà défriché ce terrain. Parmi eux, ceux qui ont réalisé les travaux les plus conséquents sont : B. Antoine (1879), J. Barassin (1989), L. Crivelli (1864), Dufour Brunet (1884), G. Lombard (1982), H. Mondon (1945), F. Payet (1930), C. Prudhomme (1984), C. Wanquet (1982).

Il faut cependant mentionner que cette bibliographie porte de manière prioritaire sur l’analyse de l’enseignement à La Réunion aux XVIIIe et XIXe siècles. Les travaux concernant le XXe sont rares. Les seules références sur l’enseignement après la départementalisation (1946) se centrent sur le problème essentiel de la scolarisation de l’enfant créolophone. Cette étude des politiques scolaires au XXe siècle reste à faire.

La départementalisation et ses conséquences méritent une attention particulière dans le domaine des politiques scolaires. Les années 60 ne constituent-elles pas à La Réunion le vrai tournant de la scolarisation et le véritable accès à la départementalisation en matière scolaire avec quinze ans de retard, voire plus sur la date officielle ?

Comment sont ressentis, dans cette île lointaine, les effets majeurs de la réforme scolaire5 de la Ve République ?

Pour mener à bien cette recherche, nous disposons aux archives départementales6 de nombreux documents en provenance du vice-rectorat7 :

  • des circulaires et notes de service du vice-rectorat.

  • de nombreux éléments de correspondance : « courriers arrivée et départ » ; à l’échelon local : avec la préfecture, les établissements scolaires, les inspections primaires, etc. ; des échanges avec la Métropole : textes officiels, orientations nationales…

  • les bulletins départementaux de l’enseignement, consultés sur place au rectorat.

Ce sont les bulletins annuels départementaux de l’enseignement qui rendent compte du maximum d’informations, mais surtout du suivi et des évolutions d’une année sur l’autre. Nous avons consulté de manière quasi exhaustive les bulletins départementaux de l’année scolaire 1948-1949 à l’année scolaire 1962-1963 (de 1963 à 1966, certains bulletins manquent).

Au sein des bulletins départementaux de l’enseignement, nous utilisons de nombreuses données quantitatives. Le tri, le prélèvement, le suivi, les recoupements de données souvent éparses permettent de synthétiser dans un même tableau l’évolution d’un paramètre (exemple : les effectifs scolaires). Mais il importe surtout de « faire parler » ces tableaux en croisant les variables (exemple : effectifs et personnels) et en dégageant une dynamique évolutive. Les tableaux sont transformés en graphiques pour faciliter la lecture de ces données chiffrées8 souvent fastidieuses.

Dans cet ensemble, nous retenons certains éléments pertinents pour l’ana- lyse d’une politique scolaire et de son évolution :

  • des indicateurs relatifs aux élèves : effectifs ;

  • des indicateurs relatifs aux écoles et aux classes ;

  • des indicateurs relatifs aux enseignants : effectifs, niveau de compétences ;

  • des indicateurs relatifs aux résultats scolaires au regard des examens.

Nous aborderons chacun de ces aspects successivement.

Les élèves

L’ensemble des données chiffrées utilisables est réuni dans un tableau récapitulatif (n° 3, page suivante). Un graphique permet de se représenter l’évolution des effectifs-élèves du premier degré sur presque 10 ans.

Graphique n° 1 : Évolution des effectifs des élèves à La Réunion de 1956 à 1965

Graphique n° 1 : Évolution des effectifs des élèves à La Réunion de 1956 à 1965

L’effectif total des élèves scolarisés s’accroît régulièrement sur l’ensemble de la période. On compte 55 343 élèves en 1956 pour 105 278 en 1965, soit presque 50 % de plus en 9 ans !

Le graphique souligne trois poussées spectaculaires d’effectifs :

  • la première de 1957 à 1958 : de 57 802 élèves inscrits en 1957 à 65 069 en 1958, soient environ 7300 élèves de plus en un an !

  • la seconde de 1961 à 1962 : de 78 880 en 1961 à 86 740 élèves inscrits en 1962, soient 7860 de plus en un an ;

  • la troisième de 1964 à 1965 : de 98 046 en 1964 à 105 278 élèves ins- crits en 1965, soient 7230 de plus en un an.

Tableau n° 3 : Évolution des effectifs des élèves à La Réunion de 1956 à 1969

Effectifs

(rentrée de septembre)

1956

1957

1958

1959

Écoles maternelles :

inscrits

présents

2 665

2 250

Écoles primaires :

inscrits

présents

52 007

49 347

Cours complémentaires :

inscrits

présents

5 990

5 816

Total écoles publiques :

- inscrits

47 222

49 610

56 084

60 662

- présents

57 413

Total écoles privées

8 121

8 192

8 985

9 189

Lycées (filles + garçons)

1 347

CA (1959), puis CET

440

Total

1 787

Total des élèves du second degré

7 777

Total des inscrits

55 343

57 802

65 069

69 851

(CA : centre d’apprentissage ; CET : cours d’enseignement technique)

Comment expliquer ces phénomènes d’accroissement important d’effectifs scolaires ?

Ils sont à mettre sur le compte des effets du baby-boom, et donc de la relance de la natalité à partir des années cinquante, natalité dont les chiffres sont considérablement plus élevés à La Réunion qu’en métropole9.

André Schérer10 va jusqu’à dire : « Or, le taux de natalité est l’un des plus élevés du monde. Depuis 1946, il a toujours été supérieur à 40‰ jusqu’en 52 où il atteint 51,29‰ Depuis lors, il y a eu un net fléchissement ».

1960

1961

1962

1964

1965

68-69

3464

4568

4950

5926

2682

4110

56025

57784

63947

74671

78570

49878

51700

6738

7600

6908

13268

20293

6368

7100

66227

69952

77805

87955

93865

58928

62910

9412

8928

8935

10091

11413

1507

1559

1656

484

478

508

1991

2037

2164

2535

8729

9817

11372

22830

75639

78880

86740

98046

105278

Ce phénomène d’accroissement considérable des effectifs scolaires est nécessairement à rattacher à la baisse générale de la mortalité infantile due aux efforts notables entrepris dans le domaine de la santé publique depuis la départementalisation. Ainsi, de 149‰ en 194611, le taux de mortalité infantile tombe à 15 ‰ dans les années 60.

Mais l’accroissement des effectifs scolaires tient également à l’évolution des mentalités, corollaire des mesures d’obligation scolaire. Les enfants sont davantage astreints à suivre un cursus scolaire.

Graphique n° 2 : Taux de natalité à La Réunion (1946-1990)

Graphique n° 2 : Taux de natalité à La Réunion (1946-1990)

Par ailleurs, la scolarisation débute beaucoup plus tôt : la mise en place de classes maternelles et de classes enfantines, à partir de l’année scolaire 58/59, même en nombre insuffisant (15 écoles maternelles et 55 classes) et aux locaux peu adaptés, encourage les familles. Dernier point, le recul de l’obligation scolaire à 16 ans12 maintient à l’école des enfants qui, quelques années plus tôt, étaient déjà en prise sur la vie.

Cette poussée des effectifs concerne tous les niveaux d’enseignement, avec des degrés d’acuité variables.

Le tableau n° 3 montre que l’accueil le plus massif s’effectue dans les écoles primaires publiques. Les effectifs passent de 52 007 élèves inscrits en 1959 à 74 671 en 65 avec des accroissements annuels de 5 000 élèves, voire plus d’une année sur l’autre.

Le secteur des cours complémentaires, qui deviendront collèges d’enseignement général en 1960, prend, au cours de ces années, un essor considérable. Les chiffres parlent, avec ce passage spectaculaire de 7 600 élèves à 8 908, soit 1 300 de plus de 1961 à 1962. Processus qui se confirme les années suivantes, le collège d’enseignement général, filière courte menant au brevet élémentaire ou au BEPC (brevet d’études du premier cycle), devient le symbole de la démocratisation de l’enseignement.

Nous ne disposons que de données partielles relatives à l’effectif des lycées filles et garçons de Saint-Denis. En 1959, le lycée « mixte » compte 1347 élèves, effectif qu’il convient de scinder en un groupe « filles » et un groupe « garçons », le lycée n’ayant de mixte que l’appellation. Effectif important pour un seul établissement scolaire, mais dérisoire au regard de l’ensemble de la population scolaire. Cela représente en effet 1,92 % du total scolarisé en 1959. Comment ne pas avancer la thèse de l’élitisme de ce recrutement ? Ce faible effectif scolarisé en lycée témoigne des résistances à la scolarisation prolongée liées aux mentalités et au fonctionnement éminemment sélectif des structures scolaires françaises.

L’effectif du second degré croît pendant la période considérée, mais de manière tout à fait raisonnable. L’ouverture d’un deuxième lycée au Tampon est envisagée à partir de 1964. Les pressions multiples, notamment l’influence de M. Debré, député de La Réunion13, accélèrent le mouvement.

La diversification des filières avec la création de centres d’apprentissage (CET à partir de 1960) à Saint-Denis, puis dans le sud de l’île, reste de faible portée. Elle concerne 440 élèves en 1959, soit 0,063 % du total scolarisé. L’enseignement technique à La Réunion, depuis son origine14 n’est pas réellement valorisé. La faible poussée des effectifs en atteste. Certains journaux critiquent le mode de fonctionnement de cet enseignement : recrutement des élèves sur un niveau trop bas, absence de professeurs qualifiés, locaux non adaptés. Le quotidien Le Balai que nous citons à plusieurs reprises dans cet article a fait de la question de l’enseignement, et parfois de la polémique scolaire, un de ses chevaux de bataille préférés. « L’enseignement technique est vital pour un département comme le nôtre. C’est pourquoi il est indispensable qu’il ne constitue pas un vaste raté et qu’il devienne au contraire un élément vivace »15. Ces appels restent lettres mortes.

Les effets seconds de l’ouverture des CEG, puis des CES (1965) se font doucement sentir. Les effectifs-élèves du second degré s’élèvent progressivement.

Un point attire tout particulièrement notre attention dans le tableau n° 3, c’est l’énorme décalage entre les effectifs inscrits et les effectifs présents. Ceci pose la question de la fréquentation scolaire à La Réunion.

La scolarisation à La Réunion est une phénomène récent, « importé » de métropole qui n’intéresse très longtemps qu’une faible partie de la population : la classe privilégiée. Selon Prosper Ève16, c’est avec la départementalisation que la fréquentation scolaire progresse véritablement. D’après les taux des conseils de révision, lors de la seconde guerre mondiale, 50 à 70 % des conscrits sont illettrés. Les taux d’illettrisme17 sont étonnamment élevés pour un département français : 55 % d’illettrés en 1954, 50 % en 1961, 39 % en 196718, enfin 23 % en 1978 !

Dans les faits, l’accès réel à la scolarisation date des années 60. Et encore pas pour tous !

Il s’agit, dans un premier temps, d’un accueil qui ne suffit pas, dans les années 60, à résoudre le problème de la maîtrise des connaissances fondamentales. Le passif est trop lourd, les conditions de travail trop aléatoires. Une fois encore, Le Balai19 alerte l’opinion publique sur le leurre du slogan « école obligatoire pour tous ». Il dénonce

le lamentable régime de la classe dite de « mi-temps ». C’est-à-dire que l’enfant n’est pas suivi tous les jours. L’aîné, par exemple, a classe une demi journée pendant une semaine, tantôt le matin et tantôt l’après-midi. Le second, lui, a classe un jour sur deux. Les deux derniers ont classe une demi-journée sur trois. […] Si on ajoute à cela les jours de mauvais temps et de maladie, inévitables à cet âge, on se rend compte que l’enseignement public obligatoire n’est qu’un leurre pour ces gosses. Quand ils auront passé l’âge scolaire, ils auront, certes, fait un séjour plus ou moins long à l’école mais ils n’auront pas eu la possibilité d’apprendre quoi que ce soit.

On peut chiffrer ces hameaux des hauts de l’île et les enfants concernés.

Le journal avance le chiffre de cent, bien en dessous de la réalité :

Cela fait cent enfants qui, demain, seront des analphabètes. Cela fait cent gosses qui, demain, chercheront du travail en fournissant cette référence : « J’ai travaillé pour mon certificat… mais je ne l’ai pas eu ». […] Henri Lavedan parlait « des condamnés à mort de l’instruction ». C’est très exactement ce que l’on est en train de faire en série, à l’heure actuelle pour des centaines et des centaines d’enfants. […] Il faut arrêter les frais au plus tôt. Mais comment ? Rapprocher les écoles des familles. En créer de nouvelles. Augmenter le nombre de maîtres. Il le faut à n’importe quel prix. Devant l’ampleur de la catastrophe qui menace le pays, on n’a pas le choix des moyens, on n’a pas à discuter le coût de l’opération. Il faut le faire.

Dans le rapport du vice-recteur de 1960-1961, certes moins alarmiste, ce problème n’est pas éludé :

- Chaque génération d’enfants ne se présente pas à l’école dans sa totalité, à 6 ans : on constate un retard à la scolarisation de un, deux, quelquefois trois ans d’une partie des enfants.
- Une diminution anormale des effectifs des élèves à partir de 12 ans : ces élèves quittent l’école prématurément. […] Ce déficit en élèves qui apparaît dans les tableaux représente donc surtout des enfants dont la scolarité a été écourtée.

Ce souci de la fréquentation scolaire reste l’objectif dominant des rapports annuels sur l’enseignement du premier degré à La Réunion.

En 1965, alors que ce problème semble résorbé dans les chiffres, puisque le rapport donne 91,58 % pour la scolarisation dans les écoles primaires, le vice-recteur Bergèse ajoute :

La réalité est moins brillante. La longueur et la difficulté des parcours, les conditions venues du climat et de la météorologie, la misère de nombreuses familles, la coutume du « portage de l’eau », la situation des locaux scolaires, les effectifs anormaux, la multiplicité des congés, les trous et les délais des remplacements, leur trop grande fréquence relative, tout concourt à un absentéisme réel supérieur à celui que traduisent les nombres. Cependant, la relative amélioration des conditions et de la qualité du travail, l’action vivifiante des cantines scolaires20 permettent de noter sur les routes, dans les chemins, sur les champs auprès des cases, autour des fontaines, moins de jeunes aux heures scolaires. L’action de la gendarmerie s’est intensifiée ; elle est nécessaire mais ne résoudra pas, certes, les problèmes de fond.

Reste que cet accroissement massif et brutal de la population scolaire dès le début des années 60 provoque de gros bouleversements dans le système éducatif à La Réunion.

L’un des points majeurs de la transformation de l’école, face à l’urgence, tient aux locaux scolaires, déjà insuffisants, mal adaptés, qu’il va falloir multiplier rapidement.

En fait, ce n’est qu’en 1952, avec cinq ans de retard, que débutèrent les constructions scolaires. L’urgence accrue encore par la poussée démographique, obligea les communes, soit à installer des écoles dans de vieilles maisons inadaptées à leurs nouvelles fonctions, soit, à partir de 1958, à construire des écoles préfabriquées21.

Le provisoire s’avère définitif. Comment faire vite du fait des lenteurs administratives régissant la législation des constructions scolaires ?

Le quotidien Le Balai qui, décidément, se spécialise, à la fin des années cinquante, dans la polémique scolaire, propose une solution de fortune. Ne serait-il pas possible, surtout dans ces hameaux isolés de construire

des baraques du même genre que les habitations locales. À peu de frais, on pourrait édifier des paillotes assez vastes, qui serviraient de salles de classe, ou si l’on veut d’abris couverts. […] L’inquiétude vient des milieux « officiels ». La tutelle acceptera-t-elle que les communes fassent des dépenses pour des constructions réputées provisoires ? Il y a là une question d’urgence. Si l’on veut que nos gosses acquièrent une instruction et une éducation que la loi leur impose de recevoir22.

Le débat est ouvert : faire vite ? Faire bien ?

Pour avoir un aperçu de ces difficultés, reportons-nous à l’analyse quantitative de ces locaux scolaires.

Les écoles, les classes

Cette analyse se centre sur les écoles primaires et les cours complémentaires qui subissent la plus forte transformation. Le lycée dispose, lui, de ses locaux propres.

Les écoles primaires

Le tableau n° 4 présente les effectifs des écoles et classes primaires à La Réunion de l’année scolaire 55-56 à l’année scolaire 65-66.

La progression entre 1955/1956 et 1965/1966 est remarquable. Le nombre des écoles primaires passe de 218 à 380, soient 162 écoles ouvertes en 10 ans. Ce qui correspond en termes d’ouverture de classes au passage de 1 35 classes en 55/56 à 2 570 classes en 65/66.

Cette transformation du « capital » des écoles primaires ne se fait pas de manière linéaire. L’année 58/59, notamment, correspond à la livraison de 38 écoles supplémentaires. De même, l’année 60/61 voit sortir du sol 28 écoles primaires de plus. Le processus est enclenché. Les années 63 à 66 comptent 58 nouvelles écoles.

Parallèlement et dans le même temps, les classes ouvrent.

Le tableau met nettement en évidence la nature des choix réalisés. Il est plus facile et surtout plus économique d’adjoindre de nouvelles classes aux écoles actuelles. Or ces dernières sont déjà trop importantes. Selon le vice-recteur Cormary, il faut accélérer le mouvement de décentralisation des constructions scolaires et doter chaque écart de son école. Le problème de l’éloignement de l’école de la résidence familiale rebondit sur celui de la fréquentation scolaire.

En 59, les 55 000 élèves des écoles publiques de La Réunion sont groupés dans 264 écoles alors que par exemple, les 41 000 élèves du département de la Haute-Savoie fréquentent 838 écoles primaires, nombre plus de trois fois supérieur pour un effectif d’élèves inférieur d’un cinquième23. Ce problème d’implantation scolaire est donc majeur, surtout en région montagneuse.

Remarquons l’ouverture des premières écoles maternelles et classes enfantines en 1958/1959 à La Réunion, au nombre de 15 écoles pour 55 classes. L’idée d’une pré scolarisation fait son chemin.

Ce déficit chronique des locaux scolaires est l’objet de critiques. Le journal, Le Balai24 s’empare régulièrement de ce thème pour dénoncer le manque de prise de responsabilités des pouvoirs publics. Que la scolarité soit obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans représente une réelle avancée sociale,

mais que les responsables soient sanctionnés à leur tour, s’ils ne procurent pas aux parents les moyens de satisfaire aux obligations à leur charge. […] Comme toujours, les lois sont votées par une très grosse majorité de parlementaires de la Métropole qui ne tiennent pas compte des exceptions que constituent les départements d’outre-mer […]. Bref, après quatorze années de régime départemental, on est obligé de constater que l’on n’est pas parvenu à régler un problème fort grave, qui conditionne l’avenir même du département.

Les aspects plus qualitatifs de l’enseignement à La Réunion prolongent cette réflexion. Les conditions de travail de la population scolaire renvoient une fois encore au problème de fond de la fréquentation scolaire et de l’échec scolaire.

Tableau n° 4 : Les écoles et les classes : effectifs à La Réunion de 55/56 à 65/66 dans l’enseignement primaire

Décembre

55-

56

56-

57

57-

58

58-

59

59-

60

60-

61

61-

62

62-

63

65-

66

Nombre d’écoles

- garçons

48

48

48

60

63

70

72

74

78

- filles

49

50

50

61

63

70

72

74

77

- mixtes

121

124

128

128

136

146

146

151

155

- maternelles

15

16

20

21

23

Total

218

222

226

264

278

306

313

322

380

Nombre de classes

- garçons

441

506

655

610

661

731

604

1831

774

- filles

353

394

433

508

535

610

534

685

- mixtes

341

400

451

394

480

497

547

632

- maternelles

55

60

74

79

95

Total

1135

1300

1539

1567

1736

1912

1764

1926

2570

Effectifs

43993

46758

50738

55487

60662

66227

69952

77805

93865

Moyenne

par classe

39

36

35

35

35

35

35

Nombre de classes

- moins de 20

31

- de 21 à 31

352

- de 31 à 40

1027

Moins de 41

715

917

1106

1186

1362

1775

1851

1410

- de 41 à 60

424

368

308

275

330

116

141

515

- de 61 à 80

31

12

16

13

19

18

10

1

- de 81 à 100

3

3

4

3

5

3

- de plus de 100

1

Reportons-nous au bas du tableau (tableau n° 5), qui fait état de la moyenne des élèves et des effectifs par classe :

Tableau n° 5 : Les écoles et les classes : effectifs à La Réunion de 55/56 à 65/66 dans l’enseignement primaire

Décembre

55-

56

56-

57

57-

58

58-

59

59-

60

60-

61

61-

62

62-

63

65-

66

Effectifs

43993

46758

50738

55487

60662

66227

69952

77805

93865

Moyenne

par classe

39

36

35

35

35

35

35

Nombre de classes

- moins de 20

31

- de 21 à 31

352

- de 31 à 40

1027

Moins de 41

715

917

1106

1186

1362

1775

1851

1410

- de 41 à 60

424

368

308

275

330

116

141

515

- de 61 à 80

31

12

16

13

19

18

10

1

- de 81 à 100

3

3

4

3

5

3

- de plus de 100

1

En 1955/56, la moyenne par classe est de 39 élèves. Mais c’est l’information donnée par la répartition de ces effectifs selon les classes qui est plus alarmante : 424 classes accueillent de 41 à 60 élèves, 31 classes de 61 à 80 élèves, 3 classes de 81 à 100 élèves, une classe en a plus de 100 !

Certes, il faut déjà voir là une amélioration notable : « En 1947, la moyenne par classe était de 57 »25.

Ces chiffres démontrent que les années 60 sont également déterminantes pour l’amélioration des conditions de travail : 515 classes seulement accueillent de 41 à 60 élèves, une seule de 61 à 80 en 62/63, pour 1410 classes dont l’effectif est inférieur à 41 ou moins.

Le problème majeur des années 60 en matière d’enseignement reste un problème d’accueil des élèves : il faut gérer des flux croissants, les installer dans des locaux, trouver des enseignants pour dispenser un enseignement. Dans ces conditions, le reste est secondaire.

Les cours complémentaires

Rattachés dans un premier temps à l’enseignement primaire, ces cours complémentaires prennent une expansion considérable au cours des années 60.

Cela s’explique essentiellement par l’impulsion donnée par la réforme Berthoin26. Elle marque l’esprit de la politique volontariste en matière de formation du général de Gaulle27.

Dans cette dynamique, le système éducatif réunionnais se transforme radicalement, non sans résistance, voyant l’apparition avec les CEG (60/61), puis plus spécifiquement les CES (65), du chaînon manquant de la pyramide scolaire.

Or, jusque-là, l’étanchéité entre le premier et le second degré est absolue.

Le lycée Leconte de Lisle étant le seul garant de l’excellence scolaire. Examinons de plus près les indications du tableau récapitulatif :

Tableau n° 6 : Les cours complémentaires (CC), puis CEG à La Réunion de1956/57 à 1965/66

Décembre

56-

57-

58-

59-

60-

61-

62-

65-

57

58

59

60

61

62

63

66

(CEG)

(CES)

Nombre d’écoles

avec CC

24

26

32

36

41

43

43

41

Nombre de classes

de CC

146

170

184

208

229

242

272

403

Effectifs des élèves et

répartition par classes

- 6e

1141

1584

1623

1901

2170

2145

- 5e

1298

1342

1371

1518

1825

2385

- 4e

970

1104

1122

1182

1187

1467

- 3e

747

951

1046

1010

1150

1255

Préparation à l’EN

185

136

258

Sections spécialisées

379

302

233

3e terminale

104

80

Total

4341

5117

5420

5990

6738

7565

8908

13249

Le nombre d’écoles avec cours complémentaires progresse régulièrement et lentement de 1956/57 à 1965/66 : 24 écoles en 56/57 et 41 écoles en 65/66. Le nombre de classes concernées s’accroît nettement surtout à partir des années 63 à 66 : 161 classes de cours complémentaires supplémentaires en trois années scolaires. Il est toujours plus aisé d’adjoindre que de créer.

Dans ce même élan, les postes d’enseignants mis au service de ces cours complémentaires font un bond en avant : 156 postes en 56/57 pour 480 postes en 65/66, soit plus de trois fois plus. Mais, là encore ce sont les années 63 à 66 qui voient les changements les plus spectaculaires puisque la progression en trois ans s’élève à 192 postes.

C’est là bien sûr le corollaire de la poussée des effectifs particulièrement notable à partir de 63. Encore une fois, dépassons les chiffres pour déceler les effets de cette scolarisation en cours complémentaires. L’analyse des effectifs des élèves et de leur répartition par classes montre une « disparition » progressive de certains élèves au fil du cursus scolaire.

Tableau n° 7 : Les cours complémentaires (CC), puis CEG à La Réunion de1956/57 à 1965/66

Décembre

56-

57-

58-

59-

60-

61-

62-

65-

57

58

59

60

61

62

63

66

(CEG)

(CES)

Effectifs des élèves et

répartition par classes

- 6e

1141

1584

1623

1901

2170

2145

- 5e

1298

1342

1371

1518

1825

2385

- 4e

970

1104

1122

1182

1187

1467

- 3e

747

951

1046

1010

1150

1255

Préparation à l’EN

185

136

258

Sections spécialisées

379

302

233

3e terminale

104

80

Total

4341

5117

5420

5990

6738

7565

8908

13249

En 56/57, les élèves en sixième sont 1 141, ils ne sont plus que 932 en fin de troisième dont 185 s’orientent vers la préparation à l’École normale (20 % environ), soit 82 % de l’effectif initial ! Où sont passés les autres ?

En 61/62, l’effectif total des troisièmes représente 62 % de l’effectif initial en sixième. Le système devient-il plus sélectif au fil des années et de son expérimentation ?

À partir de 59/60, le dispositif des cours complémentaires se diversifie avec l’apparition des sections spécialisées. Elles constituent l’une des possibilités de prise en charge des élèves en grande difficulté. Classes « voie de garage » ou promotion des élèves en échec ? Le débat reste ouvert.

Au total, ces années 60 représentent pour l’enseignement du premier degré l’ouverture d’un vaste chantier qui s’oriente vers d’autres projets de construction dans les années 70 (CES, CET) se poursuivant à la fin des années 80 sur les autres niveaux d’enseignement : lycées et universités.

Derrière l’analyse des chiffres se cache une réalité bien plus concrète, qui est celle de la gestion quotidienne de ce chantier. Ces avancées ne se sont pas faites sans déboires, et ces derniers témoignent de la spécificité du département.

Dans la conclusion du rapport des services de l’Éducation nationale de l’année scolaire 57/58, le vice-recteur Cormary observe une récession dramatique dans le rythme des constructions. Comment résister à l’envie de livrer dans sa quasi-intégralité la conclusion du vice-recteur, morceau d’anthologie, mais surtout révélatrice de l’humeur ambiante et des réalités locales ?

Certes, grâce aux efforts conjugués des services préfectoraux, des assemblées départementales et municipales, à la compréhension des services ministériels qui ont autorisé le déblocage des crédits affectés aux commandes groupées, la réalisation d’écoles de type semi-provisoire, dit « éclair » a permis d’assurer dans des conditions difficiles la rentrée massive de septembre 1958 qui a vu plus de 6 000 élèves nouveaux se présenter aux portes de nos écoles.
Ce tour de force ne pourra, je le crains, se renouveler dans les années à venir où nous devons assurer la scolarisation de 7 500 élèves nouveaux en 59, 8 500 en 1960 et plus de 10 000 en 1961 ! […]
Un pareil déficit de locaux scolaires, une pareille sclérose des crédits et prêts mis à la disposition du plus lointain des départements d’Outre-mer pour l’éducation de sa jeunesse constitueraient de la part de la métropole, s’ils devaient se perpétuer, une lourde faute à l’égard d’une population dont le patriotisme et le loyalisme à l’égard de la mère-patrie vient de se manifester une fois de plus d’une manière éclatante à l’occasion du référendum de septembre 58 et qui comprendrait mal que de moins fidèles reçoivent un traitement plus favorable.
Responsable de l’instruction de la jeunesse dans cette vieille terre française, il est de mon devoir d’attirer solennellement l’attention de l’administration supérieure sur la nécessité impérieuse de repenser dans les plus brefs délais le problème des constructions scolaires à La Réunion, de prendre en considération le plan décennal établi par M. le Directeur général Brunold à la suite de sa mission dans les DOM au cours de l’année 1957, d’en assurer le financement par les mêmes voies et moyens que ceux envisagés pour les départements algériens, de soustraire les départements d’Outre-mer en matière de constructions scolaires à la tutelle d’organismes financiers irresponsables et de substituer à leur dirigisme étroit et malveillant l’intervention des organismes chargés par la loi d’assurer le financement des constructions scolaires dans la métropole. Île française, La Réunion veut être traitée en département français. Sa jeunesse est son capital le plus précieux. Méconnaître les impératifs que pose son accroissement continu, lui refuser les moyens de recevoir dans les conditions réglementaires l’éducation que la République s’est engagée à fournir à tous les jeunes français, lui imposer un régime discriminatoire à quelque titre que ce soit, serait trahir la mission civilisatrice constamment poursuivie par la France dans cette terre lointaine qui lui demeure si profondément et si passionnément attachée.

Il convient à la lecture de ce rapport de rester prudent et d’établir la part du plaidoyer pour l’obtention de moyens, de la réalité locale. Néanmoins, il illustre les rapports de forces et les conflits de pouvoirs avec lesquels les vice-recteurs doivent composer : l’argument politique devant convaincre…

Les rapports successifs resteront teintés de ce pessimisme. Ainsi, le rapport de l’année scolaire 65/66 précise :

Il n’en reste pas moins que le système dit des « 4 dans 3 », 4 classes pour 3 locaux, s’étend dangereusement. Dans nombre d’écoles, les installations d’hygiène sont parfaitement indignes. L’absence de logements de fonction livre l’établissement au vandalisme plus ou moins inconscient des populations. Une insuffisante politique d’entretien et de réparations compromet l’ensemble des écoles, neuves ou non. Les écoles des hauts, principalement celles qui se trouvent mal desservies ou non desservies par le réseau des voies de communication sont le plus souvent dans une situation matérielle anachronique et affligeante. Il faut aux jeunes institutrices qui y sont nommées soit beaucoup de dévouement, soit l’habitude de la misère, les deux le plus souvent. […] Aucun CEG, faute de locaux ne peut pratiquer la méthode pédagogique des travaux pratiques, qui exige le dédoublement momentané des classes de plus de 24 élèves. Aucun CEG ne possède une salle suffisante où centraliser et ordonner les moyens d’information générale et de documentation à l’usage des maîtres et des élèves.
De fait, l’île se trouve placée, par rapport à la métropole, dans une situation encore défavorisée. Le manque de moyens pédagogiques (locaux, laboratoires, collections, manuels, livres, instruments et documents audio-visuels…) contribue à incliner les adolescents aux formes verbales et mécaniques de l’apprentissage du savoir, si bien que l’appareil enseignant, malgré certaines apparences matérielles ou statistiques, malgré l’effort des maîtres, est d’une efficacité réduite.

Pour affiner la compréhension du système éducatif, l’étude du personnel, de son effectif, de sa formation se révèle un passage obligé.

Le personnel enseignant

De la même manière, l’analyse se présente sous forme de tableau et de graphique et permet de mieux percevoir la réalité de l’encadrement dans les établissements du premier degré à La Réunion.

Compte tenu de l’évolution des effectifs scolaires, l’effectif total des enseignants : 1 257 enseignants en 1956 pour 3 316 en 65 (presque trois fois plus en 9 ans) s’accroît nettement. Cette progression n’est pas régulière. Elle réalise des bonds en avant en 60 avec 400 maîtres supplémentaires par rapport à 1959 et en 1965 avec le recrutement de 723 instituteurs sur deux ans.

Tableau n° 8 : Le personnel enseignant. Effectifs et niveau de qualification à La Réunion de l’année 56/57 à l’année 65/66 dans l’enseignement primaire

1er janvier

56

57

58

59

60*

61

62

63

65

68

Effectifs

Titulaires

H

215

235

275

322

364

402

431

F

527

579

691

771

842

916

965

Total

742

814

966

1093

1206

1318

1396

1651

2333

Stagiaires

H

13

15

26

25

34

32

40

F

53

77

68

72

83

67

122

Total

66

92

94

97

117

99

162

146

Remplaçants

410

420

466

539

641

571

541

484

534

Suppléants

39

114

87

85

269

236

246

312

549

Total

corps

1257

1440

1613

1814

2233

2224

2345

2593

3316

3573

enseignant

Titres

de capacité

Titulaires

BS

471

459

460

454

459

441

432

1077

Bac

110

1257

204

254

279

355

394

890

DCES

1

1

1

1

1

1

1

BSC

1

14

BE

160

197

301

384

467

521

568

747

Stagiaires

BS

1

2

1

2

Bac

17

21

32

27

28

38

35

6

BE

48

71

62

68

89

60

123

133

1096

BSC

7

7

60

Remplaçants

BS

6

5

5

2

5

11

3

5

12

Bac

39

43

36

33

71

40

61

70

74

Premier bac

21

13

19

BE

365

372

425

504

544

507

458

409

348

* Bac en deux parties.

Graphique n° 3 : Évolution des effectifs enseignants à La Réunion de 1958 à 1968

Graphique n° 3 : Évolution des effectifs enseignants à La Réunion de 1958 à 1968

Manifestement, une disparité selon les sexes est observable chez le personnel titulaire et stagiaire, le nombre de femmes est bien plus élevé que celui des hommes. C’est un constat classique en ce qui concerne la profession d’instituteur, qui se féminise très nettement.

Le tableau met également en évidence le déséquilibre des statuts des enseignants : le nombre d’instituteurs titulaires dépasse à peine l’ensemble des enseignants constitué par les stagiaires, les remplaçants, les suppléants. Ces statuts précaires sont source de mobilité au sein des établissements et posent la question de la qualification.

Tableau n° 9 : Le personnel enseignant. Effectifs et niveau de qualification à La Réunion de l’année 56/57 à l’année 65/66 dans l’enseignement primaire

1er janvier

56

57

58

59

60*

61

62

63

65

68

Effectifs

Titulaires

H

215

235

275

322

364

402

431

F

527

579

691

771

842

916

965

Total

742

814

966

1093

1206

1318

1396

1651

2333

Stagiaires

H

13

15

26

25

34

32

40

F

53

77

68

72

83

67

122

Total

66

92

94

97

117

99

162

146

Remplaçants

410

420

466

539

641

571

541

484

534

Suppléants

39

114

87

85

269

236

246

312

549

Total

corps

1257

1440

1613

1814

2233

2224

2345

2593

3316

3573

enseignant

En effet, les disparités les plus nettes dans ce tableau touchent le niveau de qualification. Globalement, les stagiaires et les remplaçants sont recrutés à faible niveau de qualification. Pour la plupart, ils sont titulaires du brevet élémentaire et n’ont aucune formation spécifique.

Les titulaires sont 78 % en 1956 munis du baccalauréat ou du brevet supérieur, les autres disposant du brevet élémentaire. Cette répartition évolue dans le sens d’un affaiblissement général du niveau de formation au cours des années 60. Une évolution qui s’explique par l’urgence et la nécessité de combler des emplois créés par l’accroissement des effectifs-élèves. À partir de l’année 60, seuls 61 % de titulaires possèdent le bac ou le BS pour 39 % de titulaires munis du brevet élémentaire. En 63, la tendance se confirme, 54 % de titulaires possèdent le bac ou le BS, pour 46 % de titulaires, niveau brevet élémentaire…

La chute du niveau de qualification est amorcée. Le rapport des services de l’Éducation nationale de l’année scolaire 1959/1960 signale :

Le déficit en personnel se creuse dangereusement : une infime minorité accède à l’enseignement par l’École normale et le concours de recrutement d’instituteurs et institutrices remplaçants ne fournit même plus les effectifs souhaitables. Face à ces carences, il faut engager le plus de candidats possibles à la préparation du baccalauréat, construire sans délai la deuxième École normale et recruter trois fois plus de normaliens et normaliennes.

Au regard de ce défaut de qualification chez les enseignants du premier degré, il parait intéressant de s’interroger sur le niveau des élèves, en termes de résultats obtenus aux examens.

C’est l’objet de ce dernier chapitre.

Les résultats aux examens scolaires

Les résultats aux examens scolaires constituent un indicateur relativement fiable du niveau de réussite des élèves dans le système scolaire. En ce sens, l’analyse des résultats concrets obtenus aux examens scolaires de l’année scolaire 57/58 à l’année scolaire 65/66 renseigne sur le niveau des écoliers réunionnais.

Reprenons pour chacun des examens les chiffres qui apparaissent sur le tableau n° 10, page suivante.

En ce qui concerne l’examen d’entrée en sixième, deux chiffres sont particulièrement pertinents : le nombre de candidats en 57/58 est de 2 149. Il est de 6 416 en 65/66, soit trois fois plus ! La demande d’accès au second cycle est croissante. Elle s’articule avec des propositions de scolarisation plus nombreuses et plus variées, notamment la transformation des cours complémentaires en collèges d’enseignement général.

Un point cependant demeure ambigu. Le nombre d’admis (avec ou sans examen) en sixième, en 57/58, s’élève à 1 387 ; comparons-le au nombre d’admis en sixième en 65/66 : 3 241, soit globalement deux fois plus. L’évolution des résultats se révèle médiocre au regard du gonflement des effectifs. Il y a contradiction manifeste avec le processus de démocratisation relancé par la loi Berthoin en 59. Plus grave, l’examen d’entrée en sixième est en voie de disparition en Métropole, toujours pour favoriser l’accès au second cycle court. Que se passe-t-il à La Réunion ?

Tableau n° 10

Années scolaires

57/58

Nombre

de candidats

Présentés à l’examen

Admis

 %

Entrée en sixième

2 154

1387

Sans examen

1169

1re session

2 149

980

215

2e session

5

3

CEP

Session « adultes »

104

30

28

Session normale

1 572

577

36

Brevet élémentaire

1 374

234

18

1re session

919

180

23

2e session

455

54

7

BEPC

894

234

26

1re session

553

180

32

2e session

341

54

15

Entrée à l’EN

206

57

25

CFEN élèves-maîtres

27

25

97

Certificat d’aptitude pédagogique

254

82

32

Examens des cours complémentaires

Brevet élémentaire

924

148

16

BEPC

678

147

21

Dans ces conditions, un pourcentage de réussite qui varie de 72 % en 62/63, dans le meilleur des cas à 50 % en 65/66, apparaît comme un indicateur significatif du « retard scolaire »28, voire de l’échec scolaire, mais aussi et surtout de la résistance des enseignants locaux à adapter le système réunionnais aux nouvelles exigences d’accueil. L’un et l’autre ne sont-ils pas intimement liés ?

Les examens scolaires à La Réunion de 57/58 à 65/66

58/59

59/60

Nombre

de candidats

Présentés à l’examen

Admis

 %

Nombre

de candidats

Présentés à l’examen

Admis

 %

3079

1852

60

2966

1999

67

212

88

41,5

211

82

38

1 810

378

48,5

1 619

832

51

517

194

13

658

288

17

1 017

144

14

1 264

259

20

470

50

10,5

394

29

7

841

211

25

635

106

17

923

265

28

206

105

39

165

46

25

388

50

25

28

28

100

39

39

100

305

76

25

357

69

19

942

131

14

862

185

21

701

139

20

723

299

Reste à s’interroger sur le devenir des 30 à 40 % qui échouent.

Tout aussi significatifs sont les chiffres relatifs au certificat d’études primaires : 1 572 présentés à l’examen en 57/58 pour 4 782 en 65/66, soit près de trois fois plus. L’engouement pour ce diplôme de fin d’études est particulièrement notable à La Réunion. Le résultat de l’année 65/66 de 2 051 admis, soit 42,9 %, donne un aperçu du niveau général d’instruction à la fin des années 60.

Tableau n° 10 (suite)

Années scolaires

60/61

Nombre

de candidats

Présentés à l’examen

Admis

 %

Nombre

de candidats

Présentés à l’examen

Admis

 %

Entrée en sixième

3

1

54

4

2

65

557

949

331

817

CEP

Session « adultes »

245

105

42

297

22

7

Session normale

2

965

42

2

1

41

247

648

093

Brevet élémentaire

1re session 2e session

1

959

1

509

256

178

78

13

11

17

2

067

1

488

394

385

109

24

25

18

450

579

BEPC

116

494

42

129

794

60

5

7

Entrée à l’EN

CFEN élèves-maîtres Cert. d’aptitude pédago.

35

417

30

90

85

21

44

514

40

105

95

20

Examens des CC Brevet élémentaire BEPC

1311

892

158

370

12

41

1010

957

319

392

31

40

Le brevet élémentaire et le BEPC sont des diplômes qui pendant les années 60 donnent accès à un certain nombre d’orientations possibles, conduisant à terme à des carrières « intermédiaires » du type : infirmier, instituteur, géomètre, carrières commerciales… Ils concernent à La Réunion un nombre réduit d’élèves rapporté à l’effectif total.

Ces diplômes constituent également la sanction de fin de second cycle court, fin de 3ème.

62/63

65/66

Nombre

de candidats

Présentés à l’examen

Admis

 %

Nombre

de candidats

Présentés à l’examen

Admis

 %

4 933

3

72

6

3

50

560

416

241

347

161

46

460

100

19,6

3

1

45

4

2

8

060

407

782

051

42,9

2

550

25

196

385

23

2

298

12,3

1

704

165

34

824

492

148

760

51

228

104

45,8

7

9

9

378

68

18

844

102

27,3

Les effectifs d’élèves présentant le brevet élémentaire, fixés à 1 374 en 57/58, s’accroissent progressivement et régulièrement jusqu’en 65/66 pour atteindre 2 824. Prétendre à un diplôme est une première étape, y réussir est autre chose, au vu des résultats : le taux de réussite oscille entre 12 et 25 %. C’est peu !

Un nombre moindre d’élèves présente le BEPC : 894 en 57/58 pour atteindre 2 289 en 65/66. L’augmentation spectaculaire de ces effectifs s’opère justement au cours de cette année 65, alors que la croissance est régulière auparavant. Le niveau de réussite est nettement plus élevé qu’au BE (brevet élémentaire), atteignant 60 % en 61/62. Le pourcentage de réussite prend un tournant en 60/61, basculant à 42 %, alors qu’il stagne à 28 % l’année précédente.

Nous ne disposons d’aucune indication chiffrée précise pour le baccalauréat, référence nationale en matière d’examens. Compte tenu du faible effectif d’élèves scolarisés en lycée, le nombre de bacheliers sur l’île est infime.

L’ouverture de l’École normale, dans des locaux spécifiques, à partir du 17 août 1961 encourage les candidats à présenter le concours d’entrée. Ce mouvement s’intensifie en 65/66, avec 844 candidats. 102 seulement seront admis, soit 27,3 %.

Cette analyse générale du niveau scolaire à La Réunion, pour incomplète qu’elle soit, livre des éléments révélateurs.

Le fléau scolaire à La Réunion reste le « retard scolaire » qui débouche à terme sur l’échec scolaire. Nous laissons le vice-recteur Bergèse29 conclure sur ce point :

« Les progrès réalisés à La Réunion par l’Éducation nationale ne doivent pas masquer certaines difficultés particulièrement pesantes bien qu’en voie d’atténuation. Le retard scolaire, c’est-à-dire la présence à tous les niveaux d’élèves en retard sur l’âge normal, atteint ici des taux inhabituels. On note par exemple au cours préparatoire des élèves en retard de 2 ans, en quatrième des élèves en retard de 5 ans, en troisième de 4 ans…
On montre que dans l’enseignement élémentaire, les retards s’accumulent dès la première année. Cela est dû :
- À une fréquentation initiale très accidentelle, venue des distances à parcourir, de la météorologie, des conditions familiales ;
- À la surcharge des effectifs des classes (souvent plus de 40 élèves) ;
- Au fait que ces classes fondamentales ne sont pas dans la plupart des cas recherchées par les meilleures maîtresses ;
- À l’absence des classes de perfectionnement capables de redresser très tôt certaines déficiences mentales, caractérielles ou de sociale affirmation.
- À des locaux, qui bien souvent, ne font pas la plus belle part à la prime enfance.
- Au nombre encore très faible des écoles maternelles » [En 58/59, le département comptait quinze écoles maternelles, ce qui représente 55 classes, dont aucune n’est installée dans des locaux spécialement adaptés à la préscolarité].

« Au cours de la scolarité primaire, la construction des formes instrumentales du savoir scolaire ne peut être reprise dans les classes ultérieures aux effectifs également pléthoriques. Les redoublements et les stagnations s’accumulent.
Nombre d’enfants, qui pourraient certainement mieux faire, s’abandonnent parce qu’ils sont, par la force des choses, plus ou moins laissés à leur destin. Se crée souvent chez l’élève et son maître un douloureux et grave sentiment d’impossibilité et d’à quoi bon. Au CM2, classe où se préforme le premier cycle, la situation est analogue. Mais les maîtres établissent un barrage au terme du CM1 ce qui, assez insolite s’explique surtout par l’acuité des problèmes de formation et d’orientation des élèves à La Réunion.
Au CEG, le retard en sixième trouve sa raison dans les textes qui accordent aux DOM une année supplémentaire de latitude. Mais la présence d’élèves 2 ans, 3 ans, 4 ans, 5 ans de suite dans certaines classes tient aux effectifs, aux locaux et aux moyens pédagogiques insuffisants.
Il est remarquable de voir que le souci de tout tenter pour décrocher, par quelque BE ou BEPC une place dans la vie, maintient longtemps en quatrième ou troisième des adolescents “en désespoir”. La lutte contre de tels retards ne peut être que prudente. Mais le souci d’aider les faibles compromet celui de donner assez aux meilleurs, les ensembles scolaires se trouvant massifs, hétéroclites et de niveau moyen fatalement abaissé.
Du cours préparatoire à la troisième donc des réactions en chaîne appellent l’attention. Elles sont si fortes que les filles, mieux placées au départ se fondent, en troisième, dans le même creuset que leurs camarades garçons.
La dernière remarque, de très grande portée est celle-ci ; Les sections classiques, dans les CEG, limitées à la sixième et à la cinquième, ont tôt fait de prouver leur valeur. Orientées ensuite vers l’enseignement secondaire, elles enlèvent un apport vivifiant aux CEG. Mais surtout, elles prouvent que l’esprit de la réforme (Berthoin) est en partie violé, les sections modernes se voyant comme par le passé privées des meilleures têtes.
Choix rigoureux et qualification accrue des spécialistes de CP, constructions plus abondantes pour des effectifs allégés au moins au premier niveau, extension de l’enseignement maternel et de la pédagogie spéciale dite de perfectionnement, voilà semble-t-il les principaux moyens de nature complémentaire nécessaires à l’amélioration sensible de la situation ».

Que dire de plus ?

Ce tableau, dressé par le vice-recteur donne une idée des plus précises de la réalité scolaire réunionnaise. Le vice-recteur témoigne de la dérive élitiste de la réforme Berthoin et de ses effets à La Réunion.

Force est de constater que les années 60 à La Réunion constituent, dans le domaine éducatif, une période d’explosion incomparable, soutenue par une action décisive de l’État.

Cet essor est à rapporter au phénomène de scolarisation lui-même : les effectifs d’enfants scolarisés grandissent considérablement. Ce premier pas est celui du quantitatif : développement rapide et incontrôlé, accueil massif, infrastructures démesurées à l’échelle de monde insulaire, recrutement anarchique.

Les aspects plus qualitatifs du niveau de formation, des résultats scolaires, des compétences de l’encadrement s’inscrivent plus tardivement dans la continuité de cette scolarisation massive.

Il est un trait du système scolaire français, qui ici joue pleinement, c’est la centralisation.

On a purement et simplement importé une organisation éducative, des programmes, des circulaires, mieux des locaux (plans) sans se soucier de l’état des lieux, du climat, des saisons, et surtout de la population scolaire. On a en quelque sorte importé de l’échec scolaire. Les conséquences de cette scolarisation massive, réalisée dans l’urgence et parfois avec aveuglement se mesurent encore aujourd’hui au travers d’indicateurs tels que la fréquentation scolaire ou bien les résultats scolaires aux examens.

Danielle Barret30, en 1982, tire le bilan de l’enseignement dans les DOM :

Les départements d’outre-mer connaissent des systèmes éducatifs qui sont l’exacte réplique de celui de Métropole. Le miroir déformant devient caricature. […] À la similitude des objectifs de l’enseignement (scolarisation à 100 % ; mêmes programmes, mêmes formations) et des structures éducatives (filières identiques, mêmes niveaux et rythmes scolaires) s’est ajoutée celle des structures administratives semblables, et qui plus est, dépendantes de leurs homologues de métropole : vice-rectorat de La Réunion associé à Aix. Ces structures administratives ont permis pratiquement et symboliquement la mise en œuvre au pas de course d’une politique éducative qui n’a pas pu résister aux assauts du temps, de la conjoncture générale et peut-être tout simplement à la pratique d’un enseignement de masse.

Cette étude des politiques scolaires à La Réunion éclaire le niveau des structures éducatives. Elle ne saurait à elle seule expliquer toutes les difficultés du système éducatif réunionnais ou l’ensemble des retards accumulés. Les questions du choix des contenus d’enseignement liés aux programmes, des méthodes pédagogiques utilisées, des outils d’enseignement, de la relation pédagogique… constituent des prolongements indispensables à cette première ébauche de compréhension du système éducatif à La Réunion pendant les années 1960.

Bibliographie

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Notes

1 Le Système éducatif en chiffres, Rectorat de La Réunion, juin 1994. Retour au texte

2 Se reporter aux chiffres en gras dans le tableau. Retour au texte

3 Loi n° 46-451 du 19 mars 1946 parue au Journal officiel le 20 mars 1946. Retour au texte

4 Prosper Ève, Histoire abrégée de l’enseignement à La Réunion, Comité de la culture, de l’éducation et de l’environnement, Région Réunion, 1990. Retour au texte

5 Décret n° 59-57 du 6 janvier 1959. Réforme de l’enseignement public. Retour au texte

6 À condition que l’autorisation des trente ans soit levée. Retour au texte

7 Dans les années 60, le « vice-rectorat » de La Réunion dépend du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille. Retour au texte

8 Ces données ne sont pas toujours exhaustives. Certains chiffres manquent. Retour au texte

9 Voir graphique n° 2 page suivante. Retour au texte

10 A. Schérer, La Réunion, Paris, Presses universitaires de France, « Que sais-je ? », 1985. Retour au texte

11 Ibid. Retour au texte

12 Ordonnance n° 59-45 du 6 janvier 1959 : « Prolongation de la scolarité obligatoire ». Retour au texte

13 M. Debré, Une politique pour La Réunion, Paris, Plon, 1974. Retour au texte

14 P. Ève, op. cit. Retour au texte

15 R. Guichard, « Enseignement technique », Le Balai du jeudi 1er octobre 1959. Retour au texte

16 P. Ève, op. cit., p. 12. Retour au texte

17 Source : INSEE-Réunion pour les recensements généraux de population effectués en 1954, 1961, 1967, 1978. Retour au texte

18 Sur ce point, on peut consulter Stephan Aubert, « Analphabétisme à La Réunion », mémoire de FIS DEUG, bibliothèque de l’IUFM de La Réunion, 1983. Retour au texte

19 « Il y a urgence ! », in Le Balai du mardi 3 février 1959. Retour au texte

20 La cantine scolaire est un des éléments premiers de la motivation des parents pour scolariser les enfants. Il faut lire le roman d’Axel Gauvin, Faims d’enfance, Paris, Seuil, 1987. Retour au texte

21 A. Schérer, op. cit. , p. 112. Retour au texte

22 R. Guichard, « Un important problème social », Le Balai du lundi 6 avril 1959. Retour au texte

23 Le vice-recteur Cormary dans le rapport annuel sur l’enseignement du premier degré dans le département de La Réunion pour l’année scolaire 1958-1959. Retour au texte

24 R. Guichard, « Locaux scolaires », Le Balai du vendredi 18 septembre 1959. Retour au texte

25 A. Schérer, op. cit., p. 114. Retour au texte

26 Décret n° 59-57 du 6 janvier 1959 portant réforme de l’enseignement public. Retour au texte

27 J. Narbonne, De Gaulle et l’éducation, une rencontre manquée, Paris, Denoël, 1994. Retour au texte

28 Voir sur ce point le rapport annuel de l’enseignement du premier degré dans le département de La Réunion pour l’année scolaire 1965-1966, rédigé par le vice-recteur Bergèse. Retour au texte

29 Rapport annuel de l’enseignement du premier degré dans le département de La Réunion pour l’année scolaire 1965-1966. Retour au texte

30 Danielle Barret, « L’enseignement dans les départements d’outre-mer : bilan et perspectives », Connadom n° 66, 1982. Danielle Barret est chargée de mission au secrétariat d’État aux DOM-TOM en 1982. Retour au texte

Illustrations

Citer cet article

Référence papier

Évelyne Combeau-Mari, « Les politiques scolaires à La Réunion : le tournant des années soixante », Expressions-Riiclas, HS-1 | -1, 1-33.

Référence électronique

Évelyne Combeau-Mari, « Les politiques scolaires à La Réunion : le tournant des années soixante », Expressions-Riiclas [En ligne], HS-1 | 2025, mis en ligne le 30 octobre 2025, consulté le 15 janvier 2026. DOI : 10.61736/expressions-riiclas.94

Auteur

Évelyne Combeau-Mari

Université de La Réunion